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Chapitre 1
:
L'héritier
La France
200 ans plus tard
Mon
grand-père vient de mourir, il avait 94 ans.
Je
trouve que c’est un bel âge pour mourir.
Je
l’aimais beaucoup, il me racontait des histoires très réelles de chevaliers de
l’espoir volant au secours d’une Déesse. Il me certifiait toujours que ces
histoires avaient vraiment eu lieu et que mon arrière arrière grand-père les
avaient lui-même vécues. Cela me faisait sourire et même si je n’y croyais pas
vraiment, ça avait été toujours un plaisir de l’entendre raconter les exploits
de ces chevaliers.
Mais
ce matin, je me rendais compte que je ne l’entendrais plus me narrer ces
histoires, le trépas l’avais surpris pendant son sommeil.
Il
était parti en paix, c’est ce qui était le plus important.
Alors
voilà, je me retrouvais dans le bureau d’un huissier à écouter que mon
grand-père m’avait mis dans son testament et qu’il me léguait le vieux manoir
familial.
Je
fut surpris d’entendre par la bouche de cet huissier que j’étais le seul
héritier !
Je
n’avais que 17 ans, étudiant en radioastronomie, travaillant comme serveur à
mes heures de congé et voilà que je me retrouvais en possession d’une veille
bicoque toute délabrée se trouvant à 10 km au sud de la ville.
On
me remit un trousseau de clés énorme, lorsque je le pris du bout des doigts, je
n’arrivais pas à croire que ce genre de trousseau pouvait encore exister de nos
jours, avec tous les progrès technologiques de ces dernières années, c’était
aberrant.
Lorsque
j’arrivai devant les grilles de l’ancienne demeure de ma famille, je ne pus
m’empêcher de frissonner devant le spectacle lugubre qu’offrait la propriété.
Tout
était abandonné.
Nous
étions en hiver et les arbres nus de cet endroit finissaient de peindre
l’ambiance maussade que dégageait la bâtisse.
Prenant
mon inspiration, je me dirigeai vers la grande grille, un cadenas absolument
énorme scellait l’entrée, je remarquai sans peine le singulier signe forgé sur
les barreaux du portail :

J’avais
déjà vu cet écusson.
Chez
mon grand-père et d’après lui, c’était les armoiries de ma famille, mais mes
parents ont toujours refusé d’admettre cette facette étrange de la famille.
Regardant
le trousseau, je supposais que la plus grosse clé ouvrait ce cadenas d’un autre
âge, celui-ci s’ouvrit sans aucune résistance, comme s’il avait attendu ce
moment avec impatience.
Je
retirai la chaîne retenue par ce cadenas et ouvris la grille des deux mains.
Je
m’étais attendu à ce que le portail émette un grincement lugubre, mais il
s’ouvrit dans un silence plus que mortuaire…Et franchement, j’aurais préféré
qu’il grince, je me serais senti moins seul.
A
rajouter à cela, une brusque bourrasque glacial s’engouffra dans mes cheveux
blonds, je remontai la fermeture éclair de mon blouson en même temps que je
remontais l’allée qui menait vers la porte d’entrée du manoir.
Je
donnai un regard circulaire et finis sur le manoir.
Cette
battisse appartient à ma famille comme je vous l’ai dit, perdue au milieu de la
campagne à 10 km de la ville, faite d’un toit noir et de murs gris. Une tour se
dressait à l’ouest du manoir.
Au
milieu de la cour se trouvait un terre-plein, les arbustes et les arbrisseaux
qui y avaient poussé faisaient grise mine dans cette journée d’hiver. Les
grands peupliers au fond se balançaient au grès du vent froid. Ils étaient si
grands, qu’on avait presque l’impression qu’ils touchaient les nuages grisâtres
du ciel.
Je
montai les marches menant à la porte d’entrée, un pommeau surdimensionné
trônait au milieu de celle-ci avec toujours le même symbole que sur le portail
d’entrée.
Je
n’eus pas besoins de me servir d’une clé, la porte était entrouverte, intrigué,
je la poussai. Le gonds émirent une espèce de lamentation dérangée.
De
plus en plus oppressé et presque pressé de repartir, c’est l’odeur de la
moisissure qui me souhaita le bienvenue. Je pense que mon visage se tordit dans
une grimace dégoûtée et même si ce manoir recelait des trésors, je n’avais
aucune envie de le visiter seul. Je ressortis donc dans la cour, m’emparai de
mon téléphone portable dans la poche arrière de mon jean et composai le numéro
de mon meilleur ami, Hideaki, je savais que ce matin il était complètement
libre et il ne refuserait pas une charmante visite dans un lieu sinistre.
La
famille d’Hideaki était d’origine Japonaise, comme la mienne était d’origine
Slave et nos 2 familles se côtoyaient depuis plus de 200 ans. Nos arrière
arrière grands-pères s’étaient connus.
Mon
ami décrocha à la troisième sonnerie, à son éclat de voix, il était heureux de
m’entendre, il me présenta néanmoins ses condoléances pour le décès de mon
grand-père. Je le remerciai chaleureusement et lui demandai s’il ne voyait pas
d’inconvénient à venir me rejoindre au vieux manoir de ma famille.
Ravit,
il me dit qu’il partait sur le champ. Sa petite Fiat arriva quelques 15min plus
tard, assis sur les marches de l’entrée, je l’attendais patiemment.
Je
reconnus sa touffe de cheveux bruns, il sorti de sa voiture qu’il avait garée à
coté de la mienne à l’extérieur de la propriété, je me levai pour le rejoindre.
Hideaki
avait mon âge, mince, joli garçon, les yeux verts, il était la gentillesse
personnifiée, son visage fin et avenant lui donnait le mérite d’avoir de
nombreuses soupirantes, mais chez les garçons, la douceur de son regard lui
portait préjudice, ils disaient de lui qu’il était gay. Personnellement, je
savais très bien qu’il aimait trop la gente féminine pour changer de bord et je
sais que ce genre de railleries ne l’atteignait pas.
On
se fit l’accolade.
-
Et bien Milan, que fais-tu donc ici par cette si belle
journée !
Hideaki
avait toujours un semblant de ton ironique dans la voix lorsqu’il parlait, il
savait la doser aux situations, mais n’arrivait jamais à s’en débarrasser vraiment.
Je
lui souris et me retournai du coté du manoir.
-
Voilà ce que je viens d’hériter de mon Grand-père !
Fis-je en faisant sortir un rideau de buée de ma bouche.
Je
pivotai vers mon ami attendant sa réaction.
Hideaki
cligna un moment de ses yeux verts en jetant des regards abasourdis vers le
manoir.
-
Ton grand-père t’as légué cette…Ruine ?!!
Je
hochai lourdement la tête.
-
Et pourquoi ?
Je
dus hausser les épaules en signe que j’ignorais totalement pourquoi.
-
Ce manoir est dans ma famille depuis plus de 200 ans mais plus
personne ne l’habite depuis des dizaines d’années !
Le
regard de mon ami se fit suspicieux.
-
Il veut peut-être que tu le rénoves ou que tu trouves quelque
chose ?
-
Trouver quoi ?
Hideaki
continuait de me regarder étrangement.
-
Quoi ? Tu ne penses quand même pas que…Ne me dis pas que
tu crois à ces histoires toi aussi ?!
Il
fut soudain gêné.
-
Bah…Nos arrières arrières grands-pères se sont connus et…On ne
sait pas vraiment ce qu’ils ont fait dans leurs vie…Tout cela reste très obscur
pour moi.
Je
l’avais écouté, étonné de ce que je venais entendre, Hideaki ne m’avait jamais
parlé de son arrière arrière grand-père Shun de la sorte. Mais il continua sur
sa lancée.
-
Tu sais bien que nos deux familles ont les mêmes armoiries.
Soudain,
mon cœur battit la chamade !
Comme
si, tout à coup, je prenais conscience de quelque chose de vraiment important à
faire.
Je
posai un regard où pointait l’urgence, mon ami le vit.
-
Je pense que l’on peut en apprendre sur nos familles en
visitant ce manoir, mais ne t’enflamme pas ! Je te connais trop. Fit-il
avec un sourire.
-
Allons-y ? Fis-je avec un signe de tête vers la bâtisse.
-
Allons-y !
L’entrée
donnait sur un petit hall étroit avec un escalier en colimaçon, le sol était
couvert de feuilles mortes et les couleurs du dallage disparaissaient sous une
bizarre fine poudre jaune qui adhérait à nos baskets. On se regarda avec
Hideaki, celui-ci haussa les épaules et se dirigea sur la droite en me passant
devant. Je le suivit en silence et nous entrâmes dans ce qui avait dut être le
salon. Une grande cheminée dans le fond, un piano à queue sur notre droite, un
canapé et deux fauteuils de part et d’autre, le tout recouvert d’un plastique
transparent (sauf la cheminée). Hideaki partit de son coté, attiré par les grandes
portes fenêtres sur la gauche du salon, nues de tout rideaux.
Je
posai mon regard sur le piano recouvert de ce plastique, lui aussi avait été
posé près des fenêtres, celles-ci par contre, avaient encore leurs rideaux,
rouge, enfin à ce que je pus le détailler, car, le tissu pendait
lamentablement, poussiéreux, à moitié arraché, déchiré.
Je
risquai de retirer la grande bâche de plastique qui recouvrait l’instrument, le
bruit froissé sonna étrangement à nos oreilles. Mon ami se retourna et me
sourit d’un air entendu.
L’usure,
le temps, peut-être même un peu de vandalisme (car il était facile d’escamoter
le portail), le bois du piano, jadis reluisant, se craquelait en tout endroit,
passant ma main dessus, je pouvais sentir les vergetures, il s’émiettait sous ma
paume. Les touches noires et blanches ne répondaient plus, les notes ne
voulaient plus s’envoler, les cordes étaient brisées.
L’émotion
me gagnait, mes ancêtres avaient habité cette demeure, peut-être même mon
arrière arrière grand-père Hyoga. Je jetai un regard vers mon ami qui avait
découvert le canapé et les fauteuils, eux aussi ils n’avaient pas résisté au
temps qui passe, il avait même semblé qu’un incendie avait sévi ici, car les
murs étaient noircis et le tissu des fauteuils comme du canapé était entièrement
brûlé.
Je
me retournai et vis, juste là dernière moi, une porte close, je l’ouvris et
découvris un simple bureau, entièrement saccagé…Tiens ?
Je
fronçai mes sourcils blond.
-
Hideaki ? Viens voir !
Mon
ami me rejoignit et je lui montrai le bureau saccagé, nous nous regardâmes, la
même déduction dans les yeux.
-
Quelqu’un est venu ici, il n’y a pas longtemps. Fit Hideaki en
se dirigeant vers une chaise renversée qu’il redressa.
-
Je suis d’accord et cette personne cherchait quelque
chose !
-
Je crois que nous mettons les pieds dans quelque chose
Milan ! Dit-il simplement en ressortant de la pièce.
Je
fis encore un moment perdre mon regard dans ce bureau et c’est l’appel de mon
ami qui me fit sortir de ma torpeur, il y eut soudain de la peur dans sa voix,
je le rejoignis rapidement et le vis au milieu du salon, de dos, regardant
quelque chose, je suivis son regard et eu un hoquet de surprise !
Abasourdi,
je n’arrivais pas vraiment à réaliser ce que je voyais et Hideaki non plus
apparemment, sa mâchoire pendait à gober les mouches.
Une
magnifique peinture, qui contrastait tellement avec l’environnement général,
car elle n’avait pas l’air d’avoir souffert du temps, elle était en parfait
état. Mais ce n’était pas cela le plus étonnant, c’était ce qu’elle représentait :

Elle recouvrait tout le mur du fond dans sa hauteur et
devait faire un peu plus de 2m de large, les couleurs étaient splendides, une
véritable œuvre d’art, le grain était fin, la finition au détail près !
Mais
le plus aberrant, c’était d’avoir l’impression que la toile avait été accrochée
juste avant notre arrivée !
Et
la personne peinte ?
Qui
était-elle ?
Je
ne sais pas combien de temps nous sommes restés là à la regarder, mais ce fut
Hideaki qui rompit le silence.
-
Cette personne ne te dit rien ? Me demanda-t-il comme
pour lui même.
Je
m’approchai de la toile.
-
Non…
-
Enfin Milan !
Son
éclat de voix me fit me retourner pour le regarder, les reproches dans ses yeux
verts flamboyant me firent mal.
-
Explique toi ?!! M’exclamais-je.
-
Tu ne trouves pas qu’il ressemble à ces chevaliers dont ton
grand-père nous narrait les exploits ?
Bon
sang !
Hideaki
commençait à me courir avec ses histoires de conte de fée !
-
Une lubie Hideaki ! La personne qui habitait ce manoir à
seulement voulu illustrer ses rêves ! C’est tout !
Mon
ami s’approcha de moi, il avait l’air courroucé.
-
Ne me dis pas que tu n’as pas senti cette poussée d’adrénaline
en voyant cette peinture ?! Et puis, regarde-la ! Elle est
intacte !
Hideaki
me passa devant et alla poser sa main à plat sur la toile, son
visage monta sur celui de cet étrange chevalier en armure et le visage de
mon ami changea soudain, il devin serein, reposé comme s’il baignait dans un
songe féerique.
-
Tu devrais venir poser ta main. Me dit-il doucement les yeux
clos.
De
mauvaise humeur, je le fis simplement pour lui faire plaisir…Mais dés lors que
j’avais appliqué la paume de ma main sur cette toile, je fut envahi par un
étrange sentiment de bien-être, d’amour, comme si quelqu’un veillait sur moi et
me protégeait.
Je
retirai subitement ma main, troublé.
-
Alors ?
Je
me tournai vers mon ami.
-
Bon d’accord, il se passe des trucs étrange, on devrait
continuer la visite.
Il
hocha la tête, ravi.
Nous
sommes montés à l’étage par l’escalier en colimaçon, en haut, nous avions le
choix entre aller à gauche (un étroit couloir gris, fenêtres à droite, lignée
de portes à gauche, une porte en bout de parcours) ou bien à droite, une porte
en verre nous emmenait dans un petit boudoir puis une autre porte en verre et
nous arrivions dans une grande chambre à couchée, avec un baldaquin en son
centre.
Oh
bien sûr, rien n’était en état, tout était délabré, le baldaquin était de
guingois car il lui manquait un pied, les 2 portes en verre étaient à moitié
brisées et là encore, nous avons retrouvé un portrait, il était moins
impressionnant que le premier et dégageait moins d’énergie mais pourtant, elle
avait perdu ses couleurs mais la silhouette de la personne était étrangement
bien lisible :

C’était la même personne représentée sur cette peinture.
Nous
avons continué notre visite, nous attendant à trouver des choses étranges.
Après
cette grande chambre à couché, nous passions une autre porte et arrivions dans
une immense pièce complètement vide aux murs blancs avec une grande baie vitrée
au nord et au sud de cette pièce.
Nous
retournâmes en haut des escaliers et avons visité l’autre partie de l’étage, il
y avait 3 chambres et une salle de bain.
Tout
était à refaire, il y en avait pour une fortune.
Je
proposai à mon ami de redescendre.
Je
passai devant Hideaki et commençai à descendre les marches en bois et c’est là
que je posai malencontreusement mon pied sur une marche branlante !
Le
bois craqua, je me sentis partir en arrière alors que mon pied partait, lui,
bien en avant. Ma main droite vola pour essayer de me récupérer à la rampe en
bois, mais celle-ci, usée jusqu’au fer, se déroba sous mes doigts. Hideaki
essaya bien de me rattraper par le col de mon pull, mais il ne réussi qu’à
m’étrangler encore en plus.
Mon
derrière percuta violemment la marche suivante, puis la suivante et la suivante
et ceci jusqu’en bas…Je crois que je n’avais jamais chuté dans un escalier de
la sorte, même gamin !
Arrivé
en bas, mon derrière et mon dos étaient une douleur à eux tout seul.
-
Ca va Milan ?!!
-
Oh la vache !!!!!!! Saloperie d’escalier !!
Je
basculai ma tête en arrière pour regarder Hideaki, figurez-vous que celui-ci
était penché sur la marche que je venais d’exploser !
-
Et dis donc ! Je crois qu’elle n’aura plus jamais
mal ! Elle !
Le
voyant à l’envers, je le vis me regarder avec des yeux bizarres.
-
Tu peux te lever ?
-
Je crois oui. Pourquoi ?
-
Tu devrais venir voir ça.
Je
me redressai tant bien que mal, le coccyx un peu douloureux et remontai les
marches que je venais de descendre avec tellement d’aisance.
Hideaki
avait les yeux rivés sur le trou où se tenait avant la marche, je fis comme lui
et fus surpris de voir que cette marche qui venait de se dérober sous mon pied
n’était pas si innocente que cela.
J’y
plongeai ma main et en retira un genre d’agenda tout relié de cuire, le même
symbole que l’on trouvait sur le portail et sur le pommeau de la porte d’entrée
était gravé dans le cuire de la couverture de cet agenda.
-
On dirait commençais-je.
-
Un agenda ? me coupa Hideaki, il fit la moue. Je
penserais plutôt à un journal.
-
Un journal ? Planqué sous une marche de l’escalier ?
il doit comporter des choses graves pour que l’on l’ait mis là ?
-
Ou bien, qu’il dissimule un grand secret ? Fit Hideaki
avec de grands yeux illuminés.
Que
pouvait bien cacher ce journal ?
Et
cette toile étrange dans le salon ? Qui vibrait d’énergie positive ?
Et qui n’avait pas l’air d’avoir souffert du temps !
Et
ce chevalier dans cette armure dorée ?
Milan venait-il d’hériter d’un lourd passé ?
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