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Kanon était à genoux sur le grand
tapis rouge de la salle du trône, le visage baissé.
-
Kanon ? Relève-toi.
Je n’aime pas parler à un homme qui
semble abattu ! Serais-tu cela ?
Il ne bougea pas, toujours le
visage baissé.
Il l’entendit descendre les
escaliers qui menaient au trône et s’approcher de lui.
Un ourlet de robe blanche apparu
devant ses yeux baissés sur le tapis rouge.
Une main fine et délicate vint se
poser sur son épaule gauche.
Kanon la regarda puis leva son
visage.
Ses grands yeux mauves étaient
posés sur lui, bienveillants, attentionnés et remplis d’amour.
-
Serais-tu cela Kanon ? lui redemanda-t-elle doucement.
Relève-toi maintenant !
Kanon se redressa.
-
Bien, je préfère ça. Je ne voudrais pas d’un homme qui se
laisse abattre à la moindre petite blessure. Je vais avoir besoin de toi dans
les temps à venir Kanon. (Le jeune homme fut surpris.) Mais je veux que tu
purges ton âme, je crois que tu vas avoir beaucoup à faire avec ta conscience
ces jours prochains. Je te rends donc ta liberté mais je te somme de rester
dans la périphérie du Sanctuaire, tu vas devoir vivre par tes propres moyens
sans l’aide de personne, trouve-toi un endroit pour vivre, trouve-toi un
travail et le jour où j’aurai besoin de toi, tu me reviendras en pleine forme.
Kanon n’en crut pas ses oreilles.
Il était libre !
Complètement libre ?!
-
Athéna…
Saori lui souriait gentiment.
-
Oui Kanon.
-
Je regrette tellement mes actes, je vais me faire pardonner et
me racheter !
-
Je le sais Kanon…Maintenant, va…Je sais que tu as très envie
de te faire pardonner auprès d’elle.
Le jeune homme se retourna et
quitta la chambre du Pope dans un état irréel de confusion.
Calliope
Je ne voulais pas tout de suite me
rendre chez Shaka, j’avais besoin de m’aérer la tête, le retour de Kanon avait
chamboulé pas mal de choses dans mon esprit.
Le Cap Sounion, c’était ici que
l’on avait vu Kanon pour la dernière fois il y a quatorze ans et voilà que je
flânais au milieu des ruines du temple de Poséidon. Tout m’avait poussé à
revenir sur ce lieu, mais plus que tout, le souvenir de Saga. On venait
discuter ici, assis sur des pierres ou à même le sol, surtout le soir, après
nos entraînements, c’était avant qu’il gagne son armure des Gémeaux…
En étant attentive, je pourrais
peut-être entendre le souvenir de nos voix résonner entre les colonnes…Je
divaguais…Voilà que j’avais l’impression de nous voir assis, là, devant moi…
Calliope s’empara de la dernière
fraise du panier qu’avait apporté Saga quelques dizaines de minute plus tôt.
Elle l’engouffra dans sa bouche avant que Saga ne la lui pique.
Il la regardait avec des gros yeux
ronds.
-
Ne me dis pas que tu viens de t’avaler la dernière
fraise ?
Le jeune homme jeta un coup d’œil
au panier complètement vide.
-
Fallait pas les apporter !
Ils se regardèrent un instant puis
éclatèrent de rire.
Lorsque leur fou rire se tarit,
Calliope reprit la parole.
-
Au fait, et tes maux de tête, ça s’est calmé ?
-
Disons, ils sont moins fréquents ces jours-ci.
-
Tu es allé voir un médecin ?
-
Pas la peine, c’était le stress des entraînements, ils étaient
devenus plus intensifs ces derniers temps (Saga haussa les épaules) Le faite de
savoir que mon épreuve approche doit sûrement me faire sentir mieux.
-
Tant mieux.
-
Tu sais que je suis jaloux !
-
Ah bon ? Et de quoi ?
-
De toi ! Tu as gagné ton armure avant moi ! (Il lui
présenta son index devant son nez.) Ce n’est pas normal ! Fit-il en mimant
la négation avec son index un sourire en coin.
Elle lui jeta un regard plein de
sous entendus.
-
Fallait pas être si dispersé…
Saga feignit l’étonnement.
-
Dispersé ?! moi ?!
-
Mmm…
Saga lui sourit plus gentiment.
-
Sincèrement, bravo…Je suis fier de toi.
Calliope rougit.
-
Merci…Plus sérieusement, je me fais du souci pour Kanon…Tu as
de ses nouvelles ?
Le visage de Saga perdit soudain
toute sa jovialité, il dirigea son regard vers la méditerranée, l’air soucieux.
-
Kanon est devenu un vrai fantôme. Lorsque nous nous croisons
chez nous, c’est par pur hasard et chaque fois, cela tourne au drame, nous nous
disputons. Kanon dérive d’une façon qui m’inquiète beaucoup, je n’arrive ni à
le comprendre ni à le raisonner. Je crois qu’il me hait Calliope.
Il la regarda intensément.
-
Oh non, ne dis pas ça Saga ! Ton frère ne te déteste pas.
-
Il déteste ce que je suis…J’adore mon frère Calliope.
-
Je sais. Lui dit-elle en lui prenant la main qu’il serra
affectueusement. Lui aussi il t’aime.
-
Mais alors pourquoi est-il devenu comme ça ! Les
yeux du jeune homme se mirent à briller. Qu’est c’qui c’est passé
Calliope !
Ses larmes coulèrent.
-
Saga…
La jeune fille le prit dans ses
bras et le consola.
Calliope se souvint d’avoir gardé
le jeune homme dans ses bras un long moment, le temps qu’il se calme et un peu
plus encore, faisant disparaître ses mains dans sa longue chevelure bleue, elle
s’en voulait de ressentir ce qu’elle ressentait dans un moment pareil, mais
l’amour est égoïste…
La jeune fille avait prit le
visage de Saga entre ses mains.
-
Peut-être que si je lui parlais…
-
Tu peux toujours essayer, mais je crois que ça ne servira à
rien.
Le langoureux regard amoureux
qu’il posait sur elle lui faisait monter le feu aux joues, elle savait depuis
longtemps que leur amitié avait évolué, mais les deux jeunes gens ne se
l’étaient pas vraiment avoués.
-
J’ai…J’ai promis à ma sœur Carla que je ne rentrerais pas tard
ce soir.
Saga avait doucement hoché la
tête.
Des petits voiliers passaient au
loin sur une mer calme et lisse. Calliope était adossée à l'une des colonnes du
temple de Poséidon, sa main droite tenait son masque et sa main gauche était
montée jusqu’à ses lèvres. Saga l’avait embrassée ce soir là, ça n’avait duré
qu’une seconde, une seconde qui avait mis le feu aux poudres, une seconde
imprimée à jamais sur ses lèvres.
Si à cette époque Calliope avait
sut ce qui se passait chez Saga, si elle avait eu connaissance du mal qui était
en train de croître en lui, elle aurait tout fait pour le guérir…Saga lui-même
ne se rendait pas compte de sa maladie.
-
J’aurais fait n’importe quoi pour te sauver Saga…
Kanon
Première chose qu’il devait faire
avant tout, c’était de se trouver un endroit pour vivre ou, tout au moins, pour
dormir et il savait exactement où aller. En espérant qu’elle existe toujours,
il se souvenait de la vieille bergerie abandonnée dans laquelle ils s’étaient
souvent amusés lui et son frère avec Calliope.
Pour cela, il fallait grimper à
travers roches, maquis et herbes hautes.
Les cigales chantaient tout autour
de lui, de là où il était, il pouvait voir le palais du Pope et la statue
d’Athéna et plus à l’ouest, la Méditerranée, scintillante sous le soleil de
juin.
Et la plage du Cap Sounion, le
dernier endroit où lui et son frère se côtoyèrent…Un endroit maudit où se
déroula le drame…
Saga venait de gagner son armure.
Le grand Pope cherchait un
successeur pour le trône, Aiolos et Saga étaient les deux seuls prétendants.
Mais on chuchotait qu’Aiolos avait
toutes ses chances pour qu’il soit choisi.
Kanon savait que son frère cachait
un mal qu’il ne soupçonnait pas lui-même…Il lui avait donné rendez-vous sur la
plage, près du Cap Sounion…
-
Répète ce que tu as dit Kanon ?!!! S’écria Saga
abasourdi. Même si tu es mon frère ! Je ne peux pas entendre ça !!
Les deux frères jumeaux se
faisaient face, Saga, revêtu de son armure d’or des Gémeaux et Kanon, le corps
couvert de plaies et de bleus par trop de bagarres inutiles.
-
Tu veux que je tue Athéna qui vient à peine de se
réincarner ?!!
Kanon se mit sur ses gardes, le
regard mauvais.
-
Oui…Je dis que tu dois tuer non seulement Athéna mais aussi
cet idiot de Grand Pope qui va choisir Aiolos pour sa succession…Je peux
t’aider et la Terre sera à nous.
-
Quoi ?!
Saga serra les poings.
-
Et si tu étais honnête avec toi-même ! Lui cria Kanon.
Mais moi je sais que dans ton cœur dort le même mal que le mien…
-
Tu as l’esprit malade mon pauvre frère !!
Kanon le regardait de biais.
-
De nous deux, ce n’est pas moi le plus atteint.
Saga en était malade d’entendre
ces choses aussi terribles sortir de la bouche de son propre frère.
Soudain, il en eut assez et fit
éclater son cosmos.
-
Tu mérites une bonne correction Kanon !! Lui dit son
frère en se mettant en garde.
Son frère prit la même posture que
lui et poussa son cosmos.
Au même moment, Calliope ressentit
ces deux cosmos prêts à exploser, l’un de colère, l’autre couvert de noirceur.
La frayeur la gagna.
-
Oh non…Fit-elle les mains sur sa bouche. Saga…Kanon…ils sont
en train de se battre ! Et elle partit en direction du Cap Sounion.
« Pourvu…Pourvu que
j’arrive à temps ! » Pensa-t-elle hors d’haleine.
Au loin, elle vit un éclair surgir
des rochers et un cri de douleur retentit.
La jeune fille précipita sa
course, elle arriva en haut de la falaise qui surplombait la plage du Cap
Sounion.
Essoufflée, elle ouvrit de grands
yeux effrayés.
Kanon était allongé sur le sable,
l’air de souffrir atrocement, Saga était debout, non loin de lui, le regardant.
-
Arrêtez !!!! Cria-t-elle soudain.
Saga se retourna et la vit
descendre la falaise.
-
Ne viens pas ici Calliope ! C’est dangereux !
S’écria Saga.
Kanon s’était relevé et
s’apprêtait à attaquer de nouveau, Calliope le vit et se précipita sur Saga.
-
Noooonnn !!!!!!
-
GALAXIAN EXPLOSION !!!
Des éclairs éblouissant sortirent
des mains de Kanon et tout se passa au ralenti.
Un tonnerre assourdissant couvrit
la plage.
Calliope se jeta sur Saga qui vit
trop tard l’attaque de son frère, le rayon de lumière blanche parcourut
l’espace se trouvant entre lui et le couple. Calliope se mit sur sa trajectoire
et fut frappée dans le dos de plein fouet.
La force de l’attaque projeta la
jeune fille sur le corps de Saga.
-
Calliope !!!! S écria-t-il affolé.
Ils se regardèrent, elle d’un
regard tendre et presque heureux.
-
…Je t’aime Saga…
Et son corps disparu dans une
lumière bleutée.
Des larmes de colères glissèrent
sur les joues en feu de Saga, il regardait ses mains crispées qui tenaient une
seconde auparavant, le corps de son aimée.
Puis il posa un regard de haine
sur son frère qui n’avait pas bougé, toujours le défiant.
-
POURQUOI !!!? Hurla-t-il à son frère les yeux remplis de
larmes amères. Elle ne t’avait rien fait !!!!
-
C’est de sa faute ! Elle n’avait rien à faire ici !
-
Assassin ! Siffla-t-il en
se retenant pour ne pas l’égorger.
Tu vas payer…
-
Qu’est c’que tu vas faire ?
Saga l’enferma dans la prison du
Cap Sounion, au pied de la falaise.
-
Délivre-moi !!! Saga !! Sors-moi de là !! Tu
veux tuer ton propre frère !!!
Le chevalier des Gémeaux se tenait
non loin de là, le regard triste.
-
Tu vas rester ici, tu vas méditer, réfléchir profondément à ce
que tu viens de me dire et à la mort de Calliope…Je n’ai plus rien à perdre
désormais.
-
Ne pense pas pouvoir cacher indéfiniment le mal qu’il y a en
toi !! Saga !! Les hommes comme toi s’appellent des
hypocrites !!
Saga lui tourna le dos, déchiré
par l’envie de le raisonner par tous les moyens, mais il savait que c’était
peine perdue.
-
Quel mal y a-t-il à ce qu’un homme puissant veuille conquérir
ce dont il a envie !!! Cria encore Kanon depuis sa cellule qui se
remplissait d’eau de mer.
Saga s’éloigna.
-
Saga !!! Ta véritable personnalité… C’est le
mal !!!!
Le regard bleu-vert du jeune homme
était dans le vague, le vent venait secouer sa longue chevelure bleue…
« L’amour d’Athéna m’a
touché et je ne sais plus ce que veut dire ‘’faire le mal’’…Si j’avais été
moins bête, Saga serait peut-être encore en vie, il aurait sûrement épousé
Calliope, j’aurais volontiers accepté d’être son témoin…Je comprends maintenant
ce qu’a voulu dire Athéna…Ma conscience ne me laissera pas tranquille tant que
je n’aurais pas complètement été pardonné de mes actes. »
Calliope
J’hésitais à me rendre chez Shaka
ce soir, mon esprit m’en empêchait, il voguait toujours treize ans en arrière.
Je me souviens que cela faisait un mois que Saga était devenu le chevalier des
Gémeaux, ce matin-là, il passa très tôt chez nous, moi j’étais dans le jardin,
je voulais faire pousser des tulipes lorsqu’il apparut près du par terre de
géraniums. A son air, je compris qu’il était venu pour m’annoncer quelque
chose.
Saga s’était approché de moi, il
portait son armure d’or des Gémeaux, il m’avait regardé de ses yeux graves et
mélancoliques, il ne disait pas un mot et je n’osais pas moi-même dire quelque
chose.
Il avait pris mes mains et je fus
surprise de le voir s’agenouiller devant moi.
J’étais très gênée et ne savais
que faire et je vis du coin de l’œil que ma sœur Carla observait la scène avec
beaucoup d’amusement.
C’est là qu’il fit sa demande.
Solennel.
Nous n’étions encore que deux
adolescents mais nous nous aimions comme deux adultes.
Le soir nous nous étions retrouvés
à la vieille bergerie abandonnée, sur un lit de paille nous nous sommes donnés
l’un à l’autre, m’endormir chaudement blottie dans ses bras fut un des instants
les plus merveilleux de ma vie…Et lorsque que j’y repense ma haine contre Kanon
refait surface…Mais la sagesse de Shaka me dirait qu’il faut apprendre à
pardonner et ne pas rester avec des sentiments de rancœur et de haine en soi,
car on en devient soi-même mauvais.
Je sais que, tôt ou tard, je
devrais retrouver Kanon et lui demander ce qui s’était réellement passé ce jour-là.
Je quittai le Cap Sounion et partis
me rendre chez Shaka, retrouver les deux amours de ma vie…
Shaka possédait une petite maison
de bois et de pierre en frontière du Sanctuaire, la porte d’entrée était
ouverte comme toujours, je passai la tête et ne vis personne.
Tout était très silencieux.
Je traversai la pièce principale
et me retrouva sous le petit auvent de derrière…Et je les vis…
Assis à même les herbes hautes, au
milieu des marguerites et des jonquilles.
Shaka était de dos et leur lisait
un livre.
Bithia et Jonas étaient en
admiration devant lui.
Comme ils avaient grandi !
Ils étaient devenus deux beaux adolescents en pleine forme.
Je restai là un moment à les
regarder.
Puis je vis le regard bleu de
Bithia glisser vers moi…
-
Maman !! S’écria-t-elle le visage éclairé par la joie.
La jeune adolescente accourut vers
sa mère.
Shaka se retourna, Jonas se leva à
son tour, surpris.
Calliope tendit ses bras en
direction de sa fille, celle-ci alla s’y blottir sans retenue.
Jonas avait l’air d’hésiter, Shaka
lui dit quelque chose et il courut à son tour vers sa mère.
La jeune femme prit les deux
enfants dans ses bras, elle les serra contre elle, les larmes aux yeux.
-
Comme vous m’avez manqué mes enfants.
-
Toi aussi maman ! Tu nous as manqué !! Firent-ils à
l’unisson.
Calliope caressait les cheveux
bleu nuit de Jonas et déposa un baiser sur la joue de Bithia.
-
Tu es venue finalement.
Shaka s’était approché d’eux,
sourire aux lèvres.
-
Tu en as douté ? Lui demanda-t-elle.
-
Absolument pas.
-
Tu vas rester cette fois maman ? Lui demanda Jonas de ses
yeux verts brillants.
Calliope posa un regard câlin sur
lui.
-
Oui…Cette fois je reste avec vous.
Les deux jumeaux poussèrent un cri
de joie à l’unisson.
Plusieurs minutes plus tard,
lorsque les jumeaux et Calliope avaient terminé de se retrouver, Shaka proposa
un thé à la jeune femme. Le chevalier de la vierge et Calliope s’assirent sur
les marches du petit auvent, regardant les deux enfants s’amuser au milieu des
fleurs.
Calliope les regardait.
Ils se ressemblaient à s’y
méprendre, tous deux avaient des cheveux courts bleu nuit, le même visage fin, les
même yeux en amande de leur père à la différence que Bithia les avait bleus et
Jonas verts. Si Bithia ne commençait pas à avoir des formes on pourrait croire
que ce serait tout deux des garçons.
-
Ils deviennent très intelligents. Lui dit soudain Shaka.
Bithia s’intéresse à la radioastronomie.
-
L’écoute de l’univers ?
-
Oui…Et Jonas a une prédilection pour les mathématiques…La
science tout particulièrement. Ils ont beaucoup d’imagination, ils rêvent
souvent.
-
Ce sont des Verseaux…
-
Il serait peut-être bon qu’ils rencontrent leur oncle ?
Calliope eut un hoquet de
surprise.
-
Tu veux leur faire rencontrer Kanon ?!!
-
Ils doivent se faire leur propre opinion…Tu ne crois
pas ?
Le regard de Calliope devint
sombre.
-
J’ai déjà du mal à me faire le mien…Tout ce que je sais
Shaka c’est que Saga n’ était pas mauvais, il ne l’a jamais été…Il était la
gentillesse personnifiée…La maladie a eu raison de lui…
Shaka lui prit la main et la serra
très fort.
-
Le fait de savoir que tu dois lui pardonner est déjà un pas
en avant…Maintenant, il faut que tu le fasses.
Calliope lui sourit.
-
Et toi, tu lui as pardonné ?
-
Kanon sait de qui il tient sa survie dans la cellule du Cap
Sounion, s’il avait été foncièrement mauvais, si son cœur était aussi noir
qu’il le prétendait, alors l’amour d’Athéna n’aurait jamais pu percer son âme.
-
Tu veux dire que…
-
Je veux dire que ce qu’il a fait, il l’a fait seulement pour
provoquer son frère… Kanon aime sincèrement son frère, à cette époque il s’est
senti abandonné, livré à lui-même alors que Saga gagnait son armure des Gémeaux
et qu’il allait certainement succéder au trône du Grand Pope…
Shaka regardait Calliope.
-
Ce qui s’est passé ce jour-là sur la plage était un appel au
secours…Mais l’appel au secours le plus maladroit de toute l’histoire de deux
frères…
Calliope n’en croyait pas ses
oreilles.
-
Mais Saga à tout fait pour ramener Kanon à la raison !!
S’écria-t-elle.
Bithia et Jonas se retournèrent un
instant, interloqués.
-
Mais pas de la façon appropriée…
Lui répondit doucement Shaka.
Les deux adolescents
s’approchèrent de leur mère.
-
Qu’est c’qui se passe maman ? Demanda Jonas.
-
Votre mère à quelque chose à vous dire. Fit Shaka en se
levant, puis il disparut dans la maison.
Calliope prit les mains de ses
enfants, ils la regardaient, patients, de ce même air grave que pouvait parfois
faire preuve Saga dans les moments intenses.
-
Je…Je vais vous emmener voir votre oncle…Fit-elle simplement
en les scrutant du regard.
Jonas fronça ses sourcils.
Dieu qu’il ressemblait à son père.
-
Notre oncle ?
Calliope hocha la tête.
Kanon
Se voyait-il vraiment vivre dans
cette vieille bergerie abandonnée ?
Franchement, il n’en savait rien,
tout était encore un peu trop confus dans sa tête…Quoi que, une chose dont il
était sûre, on lui donnait une seconde chance, il allait devoir donc tout
recommencer à zéro, mais cette fois, il n’était pas question de glisser sur la
mauvaise pente.
Kanon regardait autour de lui,
l’endroit était dans un piteux état, les araignées y avaient fait leur monde.
Il allait falloir nettoyer tout ça s’il voulait y vivre correctement et puis
cela lui permettrait de se sentir un peu plus réel.
Il avait déjà dégagé toute la
saleté se trouvant à l’intérieur qu’il avait chargé sur une charrette prêtée
par un fermier un peu plus en bas en échange de ses services. Il avait retrouvé
une vieille table en bois et un banc couchés sur le flanc dans un coin de la
bergerie, il manquait un pied au banc, Kanon se dit qu’il pourrait le réparer
plus tard.
Le jeune homme s’était
confectionné un balais avec une branche d’olivier, beaucoup de paille et de la
ficelle…Très rudimentaire, mais cela fit l’affaire un moment, le temps qu’il
termine son ménage.
Il surprit une espèce d’araignée
grosse comme sa main en train de faire sa toile dans un coin de la pièce, il
l’observa un moment se demandant si elle était dangereuse…Kanon se risqua à la
prendre par une de ses huit pattes, la bestiole s’agita de suite, il la porta à
l’extérieur et la déposa sur un rocher lui demandant d’aller jouer ailleurs.
L’arachnée se recroquevilla sur
elle-même.
Cela le fit sourire.
En se relevant, un grognement
sourd se fit entendre au niveau de son ventre, il y mit la main en le
regardant…Pas mangé depuis…Mais depuis quand en fait ?!
Pas d’argent…
Il allait falloir se
débrouiller !
Kanon avait repéré une rivière un
peu plus en bas, il y pêcherait son dîner et par la même occasion, y piquerait
une tête…Même si l’eau lui sortait par les yeux à l’heure actuelle !
Il retourna dans la petite
bergerie finir son nettoyage.
Au petit matin, Kanon se leva
alors que le soleil se levait à peine, il sortit de la bergerie, se détendit de
tout son long et descendit à la rivière pour se rafraîchir. Il partit ensuite
chez le fermier qui lui avait prêté la charrette la veille, il s’était arrangé
avec lui histoire de donner au jeune homme un peu de travail en échange d’un
peu de nourriture et de quelques pièces.
Le fermier voulait réparer le toit
de sa grange, enlever toutes les vieilles tuiles et en remettre des neuves.
Kanon n’avait jamais fait cela de
sa vie.
Le fermier lui avait dit de ne pas
s’inquiéter pour cela, la connaissance venait avec l’apprentissage.
Kanon avait donc commencé sa
matinée perché sur le toit d’une grange, à jeter des tuiles par dessus bord
dans une benne…Etrange vraiment…Kanon n’arrivait pas bien à réaliser…Si Saga le
voyait (S’il avait la capacité de le voir de-là où il était), peut-être
était-il heureux de ce qu’il voyait.
-
J’espère…Murmura Kanon en jetant une tuile dans la benne
depuis son toit.
Mais, il se demanda.
Pour qui je fais cela ?
Pour mon frère ?
Pour moi ?
Pour Calliope ?
Et bien je le fais pour ma vie…Ma
nouvelle vie !
En fin de matinée, le fermier
redescendit du toit.
Deux jeunes personnes venaient
d’arriver.
-
Bonjour Atropos !! Firent-ils à l’unisson.
-
Ah !! Bonjour les enfants !
Du haut de son toit, Kanon se
tourna légèrement vers les éclats de voix.
Il aperçut le fermier discuter
avec deux jeunes enfants, des jumeaux pouvait-il en juger de là où il était.
-
On est venu chercher un peu de lait de chèvre ! Fit l’un
d’eux en brandissant un pot en inox.
-
On va voir ça ! Venez donc !
Le fermier les conduisit vers
l’étable, les deux enfants le suivirent mais l’un d’eux leva la tête vers le
toit, Kanon constata que c’était une fille…Ils se regardèrent quelques secondes
et puis la jeune adolescente disparut dans l’étable.
Plusieurs minutes plus tard,
lorsque les enfants étaient repartis et que le fermier était remonté sur le
toit, Kanon osa poser la question.
-
Qui étaient ces enfants tout à l’heure ?
Le fermier le regarda.
-
Tu veux parler de Bithia et Jonas ? Des jumeaux
adorables, vraiment.
-
Jumeaux ?
-
Oui…Ce sont les enfants de Calliope…Le chevalier du Paon, tu
dois la connaître toi qui viens du Sanctuaire.
Kanon en resta littéralement cloué
sur place.
A la fin de sa journée, il remonta
chez lui, lorsqu’il arriva, quelqu’un l’attendait sur le pas de sa porte.
Calliope.
Calliope l’attendait.
Elle ne portait pas son armure.
Elle ne portait qu’un jeans blanc
et un t-shirt vert amande et elle avait attaché ses longs cheveux noirs en
queue de cheval
.
Calliope
Elle le regarda approcher, malgré
elle, avec réserve, méfiance et crainte.
Les mêmes sentiments brillaient
dans les yeux de Kanon, elle le voyait.
Ils se firent face, sans parler,
s’observant, ne sachant quelle attitude adopter.
Une gêne commença à s’installer,
puis Calliope prit la parole.
-
J’ai su que le vieil Atropos t’avait donné du travail ?
Fit-elle timidement.
-
Il a besoin d’aide pour réparer le toit de sa grange. Lui
répondit Kanon d’une voix neutre.
Le silence retomba.
Le jeune homme savait qu’il aurait
dû l’inviter à entrer dans sa bergerie depuis longtemps.
Mais que faisait-elle ici ?
Le visage gêné ? Presque
implorant ?
Après l’avoir menacé de le
tuer ?
Calliope soupira soudain et lui
tendit sa main.
Kanon la regarda, interloqué.
-
Je suis venue faire la paix.
Il y eut un long moment
d’incertitude.
Le regard bleu-vert de Kanon ne
laissait rien transparaître…Ce qu’il espérait était en train d’arriver et voilà
qu’il hésitait.
Finalement, il lui tendit sa main
et lui sourit.
Ils se serrèrent chaleureusement
la main.
Calliope, apparemment, en était
grandement soulagée.
-
Je crois que nous devrions discuter tout les deux. Lui dit
Kanon.
Les deux jeunes gens s’étaient
assis dans l’herbe derrière la vieille bergerie, les étoiles scintillaient déjà
à l’Est et le dernier croissant de soleil rouge disparaissait dans la mer à
l’Ouest.
Des mouettes voletaient ça et là
en poussant leurs cris.
-
Cela ne fait que quelques mois que j’ai appris que c’était
Saga qui avait régné sur le Sanctuaire toutes ces années…Enfin, plutôt cette
chose qui vivait en lui…Fit Calliope le visage baissé. Il y a quand même une
chose qui me perturbe Kanon.
-
Quoi donc ?
Elle l’observa un moment.
-
Tu n’es pas du tout surpris de me voir vivante ?
D’un regard gêné, il se détourna
d’elle, mais Calliope eut le temps de voir une lueur de culpabilité briller
dans ses yeux bleu vert.
-
J’ai reçu ton attaque de plein fouet…J’aurais dû mourir…Alors
qu’en fait
-
Je t’ais envoyée dans un des 12 temples du Sanctuaire. La
coupa-t-il sans la regarder.
-
Tu le savais ?
-
Oui.
-
Tu l’as fait exprès ?!
-
Quand je t’ai vu fondre sur Saga, j’ai transformé mon attaque
en autre dimension, j’ai fait en sorte que tu arrives dans un des temples du
Sanctuaire.
-
Pourquoi tu as fait ça ? A cette époque, qu’est c’qui t’a
obligé à le faire ?!
-
Je t’aimais ! Fit-il abruptement en se tournant vers
elle, plantant son regard dans le sien. Comme un dingue je t’aimais !
Calliope avait retenu son souffle
sous cet assaut de paroles, leur regard ne se quittait plus.
-
Et tu n’avais d’yeux que pour Saga…Termina-t-il en baissant la
voix en même temps que les yeux. Et je t’aime toujours…
-
Comment peux-tu dire que tu m’aimes encore après tout ce qui
s’est passé ? Après tout ce que tu as fait ? Elle le questionnait du
regard, les sourcils froncés.
Kanon poussa un long soupir tout
en continuant à regarder son amie.
-
Mon frère me manque Calliope et…(Il hocha la tête) tout
découle de ce sentiment sans que je puisse y faire quoi que ce soit. (Une
mouette passa devant eux, leurs yeux suivirent l’oiseau) Que tu me croies ou
pas Calliope, je regrette sincèrement vous avoir fait du mal à tous, à la
Terre, aux hommes. J’ai été odieux, malfaisant, sans scrupule, le mal m’a
séduit par sa facilité de soumettre les faibles à mes pieds, il m’a montré
comme c’était aisé et jouissif de piétiner une fourmilière plutôt que d’en
faire le tour. Le mal c’est…comme une chambre noire où tout les interdits sont
abrogés.
Kanon reposa son regard bleu-vert
sur Calliope qui l’observait avec curiosité.
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C’est plus facile de voler que de gagner sa pitance en
travaillant ! Dans le mal, plus d’honneur, plus de fierté, plus de
reconnaissance, plus d’amis (ses yeux se firent plus profonds) plus d’amour…Le
mal est froid, sans saveur, sans goût, sans couleur, on se croit tout puissant,
mais c’est une illusion…
Calliope mit soudain sa main sur
celle de Kanon, touchée par sa confession, car c’était bien cela, une
confession.
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Aurais-tu souffert Kanon ? Lui demanda-t-elle doucement.
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Maintenant que j’en suis sorti, oui, je souffrais. Je ne le
savais pas évidemment, car je n’avais pas conscience de ce que je me faisais
subir à moi et à tout ce qui m’entourait.
Plus elle l’écoutait, plus
Calliope avait l’impression de retrouver le Kanon d’antan, celui qu’elle avait
connu enfant et qui avait grandi avec son frère avant de basculer vers le mal.
Et tout comme il parlait, Calliope
voyait le visage du jeune homme se relâcher, se détendre lentement, des petites
étincelles vivaces brillaient de temps à autre dans ses prunelles bleu-vertes.
Des étincelles de vie ! Il
prend réellement conscience de ses actes passés ! Songea Calliope
soudainement éprise par cette idée.
Et bien malgré elle, Calliope fut
submergée par un élan d’amour envers Kanon.
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Est ce que tu me crois maintenant ? Lui demanda-t-il avec
espoir.
Elle ne lui répondit pas tout de
suite, toujours le regardant, semblant être dans la Lune.
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Calliope ?
Le regard de la jeune fille se
ranima.
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Quoi ? Comment ?
Kanon fut amusé et lui sourit
gentiment.
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Tu étais bien loin ? Tu as écouté ce que j’ai dit ?
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Je te crois Kanon et si tu m’aimes comme tu le prétends, alors
tu viendras demain chez Shaka (elle se leva) ils t’attendront, lui dit-elle
doucement. Calliope tourna les talons et s’éloigna de Kanon. Ils ont hâte de te
connaître. Fit-elle une dernière fois avant de descendre la pente qui la
ramenait dans le village d’en bas.
Le jeune homme s’était levé à son
tour et la regardait s’éloigner.
Il fut étonné par la réaction de
Calliope…Sa déclaration l’avait-elle laissée froide ?
Sur le chemin du retour, Calliope
craqua, elle partit s’asseoir sur un petit rocher au bord de la route, les yeux
en larmes, une main sur sa bouche pour étouffer ses sanglots.
La jeune fille fut touchée par la
confession de Kanon…trop touchée !
Etait-il possible d’oublier la
rancœur que l’on avait envers un homme en quelques minutes tout simplement
parce que quelques mots vous ont persuadé qu’il a changé ?
Ce n’était pas que quelques
mots, non !! Calliope avait caché son visage dans ses mains,
bouleversée.
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