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Chapitre 1
: Naufrage
Trevor
Lorsque
j'avais vu John entrer dans ma demeure, j'étais heureux de le revoir. Lui, ses
parents et moi ne partagions pas que la même confession, mais aussi les mêmes
tourments ancestraux; ma famille avait dû fuir vers le Nouveau Monde à cause
des persécutions du roi Jacques 1er, la sienne en raison de l'édit de
Fontainebleau qui en finissait avec la liberté de conscience pour les
protestants français. Je le connaissais depuis sa naissance, nos chemins
s'étaient croisés ici, à Londres, ou là-bas, à New Rochelle. Cela faisait
plusieurs années que je ne l'avais vu, mais j'étais fort loin de me douter
qu'il reviendrait vers moi pour m'avouer de telles choses. Lui, un parricide?
Lui, le responsable de cette éclipse qui avait fait craindre à tous la fin du
monde? Cela me paraissait insensé; depuis toujours, je percevais John comme
quelqu'un de bon et vertueux, calme par nature, ayant la colère en horreur.
Pourtant, le ton qu'il avait employé m'empêchait de douter de sa sincérité.
Pourquoi ne me suis-je pas emporté contre lui? Sans doute parce que l'on
m'avait toujours dit qu'un homme qui n'était pas Dieu n'avait pas le droit de
juger un autre homme, mais aussi parce qu'il m'apparaissait nécessaire de tout
savoir sur les événements des jours passés, des événements qui, m'a-t-il dit,
ne venaient pas du Malin, comme je le pensais au départ...
John
Ainsi, le
révérend Trevor a refusé de me juger personnellement, laissant cette charge à
Dieu. Le premier obstacle est donc levé. Je n'aurais pas supporté de ne pouvoir
lui raconter cette histoire...car je ne peux la raconter à personne d'autre;
l'on me tiendrait pour fou. Cette histoire...depuis ma plus tendre enfance,
l'on m'a dit que nous étions tous prédestinés à la grâce ou à l'Enfer...Et
cette prédestination ne m'a guère été favorable...J'ai tué mes parents...Je
suis devenu un criminel bien malgré moi...Moi, qui n'existais plus alors, je
n'étais plus moi-même...J'étais...Non, je ne puis me résoudre à entendre ce nom
dans ma tête...Et pourtant, tôt ou tard, il me faudra en passer par là...Mais
je préfère retarder cette fatidique échéance...même si cela peut être assimilé
à de la lâcheté...Le moment est venu; le révérend me regarde droit dans les
yeux, prêt à écouter ma confession...Puisqu'il le faut.
************
La pluie
tombait de plus belle sur Londres et elle martelait violemment les carreaux de
la demeure du révérend Trevor. Celui-ci regardait fixement John, d'un air non
impatient, mais déterminé à savoir tout sur ce jeune homme qu'il connaissait
pourtant depuis bien longtemps. D'une main tremblante, John avala une cuillerée
brûlante de soupe, puis prit enfin la parole:
"Révérend,
comme je vous l'ai dit, c'est une longue histoire. Une histoire qui a commencé
près d'un mois auparavant, alors que mes parents et moi-même étions partis pour
l'Empire ottoman..."
************
New
Rochelle, 1er octobre 1743
Les
porteurs, d'un pas lent, chargeaient sur l'imposant voilier de lourdes caisses
contenant des draps de lin conçus par la manufacture Roligny. Son dirigeant,
Etienne Roligny, était l'héritier d'un calviniste rochelais, Henri Roligny, qui
avait émigré en 1685 avec plusieurs centaines de ses coreligionnaires vers le
Nouveau Monde, pour y fonder New Rochelle trois années plus tard. Etienne était
né dans cette petite colonie en 1700, son père s'étant marié assez tard pour
l'époque, car il était auparavant trop occupé à faire fructifier ses affaires.
Il inculqua une morale assez puritaine à son fils qui, une fois marié en 1722, à
une jeune fille prénommée Catherine,
eut comme seul héritier un garçon qu'il
nomma John, pour marquer son attachement à sa nouvelle terre.
Etienne
Roligny regardait d'un air ravi ses serviteurs qui chargeaient les marchandises
à bord du voilier. Il dit alors à son fils, qui venait de se placer à ses
côtés:
"Regarde,
John...Contemple le travail de toute une vie de labeur...Ces draps de lin
serviront à gagner un capital précieux, qui sera réinvesti infiniment pour fabriquer
de nouveaux draps de lin et garantir ainsi la réussite matérielle de la
manufacture Roligny...John, cette manufacture est certainement un signe de
l'élection de Dieu...Plus tard, quand je quitterai cette Terre, tu deviendras
le nouveau gérant de cette merveille et j'espère que tu te montreras à la
hauteur de la tâche que je t'incombe."
Le jeune
homme sourit timidement, avant de répondre:
"Je
ne vous décevrai pas, mon père. Lorsque nous arriverons dans l'Empire ottoman,
j'observerai scrupuleusement vos moindres faits et gestes, afin de me montrer digne
de vous dans l'avenir..."
John
marqua une courte pause, puis reprit:
"Père,
quand quitterons-nous le Nouveau Monde?"
"Dans
trente minutes, John, le temps que les marchandises soient chargées à bord. De
plus, il nous faut attendre ta mère et le révérend Valnoy, qui ne devraient pas
tarder à arriver..."
John et
son père se turent alors et regardèrent attentivement les manoeuvres du chargement
des caisses de draps à l'intérieur du bateau en partance pour l'Empire ottoman.
Puis, cinq minutes après, une femme d'environ quarante ans, vêtue d'une robe
noire, et un homme d'âge mûr portant une soutane sombre vinrent vers le fils et
le père. Il s'agissait de Catherine Roligny, la mère de John, et du révérend Valnoy,
précepteur du jeune homme, un homme bien plus strict qu'Etienne Roligny,
influencé par la rigueur morale de feu Oliver Cromwell, dirigeant du Commonwealth
au XVIIème siècle. L'Angleterre était un pays souvent visité par les Roligny, qui
étaient très proches du pasteur non-conformiste Paul Trevor, descendant d'une
famille anglaise expatriée sur le Mayflower. Un pasteur strict, à qui
John racontait en ce moment son histoire.
Une fois
que sa femme et le révérend furent près de lui, Etienne Roligny salua ce dernier:
"Comment
allez-vous, révérend?"
"Je
me porte bien, Etienne...Et vous, John, dit-il au jeune homme, vous sentez-vous
prêt à partir?"
"Tout
à fait, révérend." approuva le jeune homme.
"J'en
suis ravi. Je pense que ces voyages vers l'Empire ottoman, puis vers les
Provinces Unies et l'Angleterre, vous formeront pour l'avenir...Quand vous
reprendrez la manufacture de votre père...Je connais votre goût pour le labeur,
John, et il ne fait aucun doute que vous faites partie des rares élus du
Seigneur...Cela vous sera sans doute profitable, quand vous dirigerez la
manufacture Roligny avec votre femme à vos côtés."
En effet,
un mois auparavant, Etienne Roligny avait arrangé le mariage de son fils avec
une jeune fille du nom de Jeanne Guilbret, fille aînée d'un négociant en
meubles de New Rochelle, afin de rapprocher leurs affaires respectives. Un
mariage d'affaires, comme avait été celui des parents du jeune homme. Ce
dernier n'avait pas bronché, non pas qu'il ne trouvait pas Jeanne désagréable à
ses yeux, mais parce qu'il était conditionné par le milieu strict dans lequel
il était plongé depuis toujours. Honore ton père et ta mère, et Dieu te
donnera longue vie, un commandement divin auquel il obéissait sans se poser
la moindre question.
"Révérend,
répondit John, j'ignore si ce que je vivrai bientôt confirmera mon élection
divine, mais si cela peut m'aider à suivre les traces de mon père, cela me
suffira amplement."
Le
révérend Valnoy sourit, puis s'adressa à Etienne en ces termes:
"Votre
fils, Etienne, est un modèle de vertu. Discipliné, studieux, rechignant à la
violence...La pureté de son âme est une évidence."
"Puisse
l'Eternel vous donner raison, révérend." se contenta de répondre le père
de John.
Les
Roligny et le révérend restèrent ensuite sur le quai durant quasiment dix
minutes, jusqu'à ce que toutes les caisses de draps furent chargées à bord.
Etienne Roligny dit alors:
"Le
moment est venu de partir. Catherine, John, révérend, veuillez me suivre, s'il
vous plaît."
John et
sa mère, ainsi que son précepteur, montèrent donc à bord du voilier qui devait
les mener à bord de l'Empire ottoman. Alors qu'ils venaient de monter sur le
pont, le jeune homme souffla à sa mère:
"Mère,
je n'ai pas vu les Guilbrets pour nous dire adieu...Pourtant, je suis censé
épouser leur fille dans un mois..."
Catherine
répondit:
"Après
que ton père et monsieur Guilbret aient décidé de ton mariage avec Jeanne, il a
été également décrété que tu ne la verrais qu'une fois avant notre départ...ce
qui a été déjà fait. N'oublie pas ceci, John : ce mariage est censé faire
prospérer nos affaires respectives. Je suppose que tu as assez de bonne conscience
pour le comprendre."
Le jeune
homme, toujours aussi peu enclin à contester la volonté paternelle, se contenta
de hocher la tête pour répondre "oui". Cinq à dix minutes plus tard,
les amarres furent larguées et le voilier des Roligny prit la mer vers l'Empire
ottoman.
************
"Nous
étions donc partis pour un long périple, à l'issue duquel ma famille devait revenir
plus riche qu'avant et je devais épouser celle qui m'était destinée. Mais le
destin réserve parfois de douloureuses surprises..."murmura John au
révérend Trevor, qui demeurait silencieux, les mains croisées.
************
Une
quinzaine de jours plus tard
John
Après une
lecture quotidienne de la Bible et une initiation rapide au commerce,
initiation enseignée par mon père, j'avais eu la permission exceptionnelle de
respirer l'air marin. La traversée s'est déroulée sans encombre pour le moment,
nous avons navigué sur un océan plutôt calme, sans manquer de rien; les vivres
sont suffisants pour arriver jusqu'à Istanbul dans quelques jours...Il me tarde
d'arriver, j'ai beau noyer mon ennui dans les leçons de mes parents et du
révérend, ainsi qu'en lisant la Bible, je souhaiterais tant me confronter à la
vraie vie...Et pourtant, j'ai beau savoir qu'il est possible que j'aie la vie
éternelle après mon passage sur Terre, je ne peux empêcher la lassitude de
s'installer en moi...
************
Tout à
coup, le jeune homme fut interrompu dans ses rêveries par un bruit lourd.
C'était le révérend Valnoy qui venait vers lui. D'un air sévère, il regarda le
jeune homme et lui dit:
"Je
peux deviner ce que vous pensez, John. Vous commencez à vous ennuyer...Prenez
garde, John, il est nécessaire que vous mainteniez un comportement
exemplaire..."
John
répondit, non sans un certain trouble dans la voix:
"Révérend...Je...Je
ne vois pas ce qui vous fait dire ça...Je suis simplement désireux d'arriver à
Istanbul, afin de suivre l'exemple de mon père, dont la fortune est plus
prospère que jamais!"
"Je
préfère vous entendre parler ainsi, John...Je souhaite que vous suiviez les
traces de cet homme vertueux, dont le sang coule dans vos veines...Je souhaite
également que votre descendance suive votre exemple, qui sera certainement des
plus brillantes!"
"Justement,
révérend, enchaîna John. Il...Il y a quelque chose que je ne comprends
pas...Pourquoi...Pourquoi a-t-il été décidé que je ne reverrai plus Jeanne
avant notre retour? Pourtant, elle est celle que je dois épouser..."
Le
révérend Valnoy regarda alors le jeune homme, les yeux dans les yeux, et lui
dit d'un ton ferme:
"John,
cette décision a été prise pour vous éloigner des pires tentations. Vous ne la
trouvez pas désagréable, et cela pourrait nuire à votre caractère vertueux...Le
Malin est insidieux, John, souvenez-vous en...Souvenez-vous en..."
Après ça,
le précepteur du jeune homme s'éloigna discrètement, le laissant contempler la
Mer Méditerranée. Lorsqu'il se fut assuré que le pasteur était hors de sa vue,
John songea:
"Pourquoi
me mettre en garde? J'ai beau ne pas trouver Jeanne désagréable, je ne suis pas
pour autant rempli de pensées infâmes!...C'est difficile à admettre, mais je ne
parviens pas à comprendre l'attitude de mes parents et du révérend
Valnoy...L'Eternel a décidé de mon sort par avance, pourquoi mettre autant l'accent
sur mon comportement?..."
Toutefois,
le jeune homme se lassa très vite de ces questions existentielles et préféra
s'abandonner à la contemplation de l'horizon marin, l'un de ces rares moments
de repos qui lui étaient accordés.
************
Trevor
Je ne
comprends pas la logique de John. Il me raconte là des choses d'une monotonie
inimaginable. Pourquoi est-il aussi sombre? Je ne puis le comprendre...Aussi,
je me décidai à lui demander de manière diplomate:
"John,
je ne vous comprends pas...Ce voyage semble s'être bien passé, je ne décèle
rien qui ait pu être responsable de votre désarroi..."
Et le
fils de mes défunts amis me répondit:
"Justement,
révérend...Le soir même, il s'est passé quelque chose dont j'étais loin de me
douter..."
************
La nuit
était tombée et les passagers du voilier étaient partis dormir, à l'exception
de quelques marins, qui devaient se relayer pour conduire le bateau vers
l'Empire ottoman, aucune perte de temps n'étant admise par Etienne Roligny. De
son côté, John dormait depuis plus de trois heures, essayant de profiter de son
sommeil, qui était limité à huit heures par la volonté paternelle, le labeur
primant en permanence. Le jeune homme était donc totalement plongé dans les
bras de Morphée et bien décidé à y rester pendant plusieurs heures de suite.
Mais ce fut alors qu'une voix résonna dans sa tête:
"John...John Roligny..."
John se
retourna à deux ou trois reprises dans son lit, puis marmonna tout en
somnolant:
"Hmm...Où
suis-je...Qui...Qui est-ce?..."
"Tu
auras le temps de tout découvrir à mon sujet...A ton sujet, John!"
La voix
qui parlait dans la tête de John était une voix étrange. Une voix grave,
mystérieuse et empreinte d'une curieuse mélancolie. Le jeune homme, qui n'était
guère disposé à s'interroger sur les caractéristiques de son interlocuteur, se
retourna de nouveau dans son lit, puis marmonna de nouveau:
"Que...Que
voulez-vous dire...Où vais-je?..."
"Tu
vas vers ton destin, John...Tu vas vers un destin incroyable, qui n'est réservé
qu'à un seul mortel tous les deux cents ou trois cents ans!"
"Je...Je
ne comprends pas, murmura John. Je...Je connais mon destin, je vais me marier,
reprendre ensuite la manufacture de mon père..."
"Ton
ingénuité me touche, John, reprit la voix. Tu es donc bien l'élu!"
"L'élu?
Que...Qu'est-ce que ça veut dire?..."
Mais le
jeune homme n'eut pas de réponse; la voix choisit de disparaître. Il émergea
alors lentement de son sommeil, mais sursauta brusquement dans la foulée; le
voilier semblait être brusquement agité. John se leva précipitamment de son
lit, mais fut envoyé à terre par un brusque sursaut du bateau. Ce fut alors
qu'il entendit des cris:
"Tempête!
Tempête!"
Ces cris
intriguèrent le jeune homme, car la Mer Méditerranée avait été calme
jusqu'alors. Et voilà que, en pleine nuit, le voilier était soumis à de
violentes houles. Lorsque John voulut se relever, il vit son père en face de
lui, qui avait été aussi réveillé par la tempête. Il lui dit aussitôt:
"Père!
Je...Comment se fait-il que la Mer Méditerranée soit aussi déchaînée?"
"Les
aléas imposés par Dieu, John, se borna à répondre Etienne Roligny. Relève-toi
et habille-toi, je crains que nous ne devions nous préparer au pire!"
John se
mit à frissonner de tout son corps...Cela voulait-il dire que lui, ses parents,
son précepteur et les quelques membres de l'équipage étaient destinés à mourir?
Cependant, devant la gravité de la situation, il jugea préférable de remettre
cette question à plus tard, aussi se hâta-t-il de se rhabiller précipitamment,
alors que son père lui avait tourné le dos. Catherine, quant à elle, était
désormais tout à fait réveillée, aussi son fils lui dit avec inquiétude:
"Mère!
S'il vous plaît, mère, levez-vous vite, la mer semble déchaînée, le bateau
pourrait chavirer d'un instant à l'autre!"
Tâchant
de garder son sang-froid, la mère de John se leva lentement, puis demanda à son
époux et son fils de quitter la cabine, tandis qu'elle se rhabillerait
rapidement. Près de deux minutes plus tard, elle vint les rejoindre dans le couloir
du bateau, puis demanda:
"Etienne,
à présent, qu'allons-nous faire?"
"Mon
aimée, désormais, notre destin est entre les mains du Seigneur! Qu'il nous
épargne ou nous rappelle à lui, je n'en sais absolument rien! Pour l'instant,
il nous faut attendre!"
Cinq
secondes plus tard, le révérend Valnoy arriva dans le couloir et se hâta de
dire à Etienne:
"Etienne,
j'ignore comment la Méditérranée a pu se démonter aussi rapidement, mais les
faits sont là! Il n'y a plus qu'à espérer la miséricorde divine!"
John leva
timidement la main, afin de proposer une suggestion:
"Père...Je
pensais au devenir des caisses...Peut-être...Peut-être faudrait-il en sauver
quelques-unes, si jamais il nous arrivait malheur..."
"Quelle
idiotie, John! protesta le négociant. Nous sommes en danger de mort et tu ne penses
qu'à sauver nos marchandises?!"
Le jeune
homme n'eut pas le temps de répondre car, subitement, un marin accourut dans la
direction de la famille Roligny pour leur dire:
"Monsieur
Roligny! La mer est plus déchaînée que jamais! Or, il me semble avoir aperçu
des côtes non loin de là, malgré l'obscurité! Je pense que nous devrions nous
diriger dans cette direction, sinon, nous allons tous y passer!"
Etienne
réfléchit rapidement, car il savait que le temps lui était compté. D'une part,
il ne voulait pas retarder son voyage vers Istanbul, mais d'autre part, il lui
fallait aussi bien sauver la vie de ses proches que la sienne. Finalement, près
de dix secondes après, il répondit au marin:
"C'est
une décision sensée! Essayez de faire cap sur le rivage, et prenez garde à ce
que nous ne chavirions pas!"
"ça n'arrivera pas, je vous le promets!" répondit l'homme
en bleu.
Et il se
hâta d'avertir le capitaine du bateau. Quant à John, il dit timidement à son
père:
"Tout
compte fait, peut-être que mon idée n'était pas si sotte qu'elle en avait
l'air..."
Etienne
ne répondit pas. Il tourna le dos à son fils, et regarda vers le lointain, où
il ne pouvait apercevoir que la nuit. Catherine était inquiète, mais elle n'en
montra rien, tandis que le révérend Valnoy avait fermé les yeux et priait en
silence. John soupira, à la fois à cause de la réaction de son père et de la
dramatique situation dans laquelle tous étaient actuellement plongés, puis il
décida de prier en silence à son tour, attendant une issue meilleure.
************
Ce fut
alors que le révérend Trevor interrompit le jeune homme :
"John,
il y a quelque chose que je ne comprends pas dans votre récit...Quelle était
cette voix qui est venue troubler votre sommeil?"
John
baissa les yeux vers son bol de soupe et se figea dans cette position durant
une vingtaine de secondes, sous le regard perplexe de Trevor, qui n'osa
toutefois pas le brusquer. Sa patience fut presque payante, puisque le jeune
homme répondit d'une voix basse:
"C'était
tout simplement lui...Mais je ne veux pas en parler pour le moment...J'y
viendrai plus tard, quand le moment sera venu..."
John
reprit donc son récit là où il l'avait brièvement arrêté.
************
La Méditerranée
tanguait de plus belle. Le bateau avait changé de trajectoire et se dirigeait
vers les côtes. Quant à ses passagers, ils priaient pour qu'il ne leur arrive
pas malheur. Cette prière collective fut subitement interrompue par Etienne
Roligny, qui se dirigea vers l'extérieur du couloir, malgré le mauvais temps.
Puis, quand la pluie vint humidifier son visage, il interpella l'un des marins:
"Ecoutez-moi!
Au cas où il nous arriverait malheur, veuillez sortir quelques caisses de la
cale! Prenez un autre matelot avec vous!"
"Comme
vous voudrez, monsieur!"
Une fois
que les deux marins se furent dirigés vers la cale, Etienne courut à toute
vitesse vers l'intérieur du bateau, où le révérend Valnoy lui demanda:
"S'est-il
passé quelque chose de grave, Etienne?"
"Non,
rassurez-vous, révérend. J'ai simplement demandé à deux marins de partir
chercher quelques caisses contenant les marchandises...Le bateau tangue de plus
belle et un accident est vite arrivé..."
Tout à
coup, une violente secousse renversa Etienne, sa femme, son fils et le pasteur
et les projeta à terre. Dans la foulée, un cri de panique se fit entendre:
"Nous
avons heurté un récif! Nous avons heurté un récif! Nous allons tous
mourir!"
Le rythme
cardiaque des membres de la famille Roligny se mit à augmenter sensiblement.
Ils s'étaient rapprochés des côtes et voilà que la mort venait les rattraper.
L'air navré, Etienne se releva, posa ses mains sur les épaules de John et
Catherine, puis leur dit:
"J'ai
le regret de vous annoncer que notre fin est proche...Nous nous retrouverons
dans l'au-delà..."
Soudain,
les deux marins qu'Etienne avait envoyés chercher la cargaison accoururent avec
deux caisses sous les bras pour chacun d'eux. Le marin de droite s'adressa au
huguenot en ces termes:
"Nous
avons récupéré toutes les caisses, monsieur! Certaines sont sur le pont
supérieur! Mais malheureusement, nous avons heurté un récif alors que nous n'étions
plus très loin des côtes!"
Ce fut
alors que John prit la parole:
"Père!
Il me vient une idée! Si nous ne sommes pas loin des côtes, nous devrions
utiliser les caisses pour naviguer vers elles! Comme ça, nous pourrions sauver
nos vies et notre cargaison!"
"John,
intervint le révérend Valnoy, je ne crois pas que ce soit une idée sensée. Nous
n'avons plus beaucoup de temps devant nous et si nous sautons dans la mer
déchaînée, nous pourrions très aisément y passer..."
Etienne
se chargea de couper court à la remarque du pasteur:
"Révérend,
la situation dans laquelle nous nous trouvons actuellement est similaire à
celle d'un entrepreneur en difficulté! Qui ne tente rien n'a rien! John, je
pense que tu avais eu une idée judicieuse, en fin de compte! Dépêchons-nous, à
présent!"
"Oui,
merci de votre confiance, mon père!" sourit le jeune homme.
Etienne
Roligny se contenta de répondre:
"Prenez
chacun une caisse et sautez dans la mer! C'est risqué, mais nous n'avons plus
rien à perdre!..."
Les
quatre passagers du voilier prirent donc chacun une caisse et coururent
rapidement vers le pont supérieur. Mais, à peine y étaient-ils arrivés qu'une
violente lame surgit du fond des mers. Affolés, les Roligny et le révérend
Valnoy se jetèrent à terre, espérant qu'il ne leur arriverait rien. A peine
étaient-ils au sol qu'ils entendirent des cris terribles. Ils ne mirent pas bien
longtemps pour deviner leur provenance:
"Ainsi,
le Seigneur a rappelé à lui le capitaine et les marins de ce voilier, constata
solennellement le révérend Valnoy."
"Autrement
dit, enchaîna Etienne, si nous ne nous dépêchons pas rapidement, ce sera notre
tour! Allons-y!"
Le
négociant huguenot se releva rapidement puis, suivi par sa femme, son fils et
le précepteur de son fils, ils s'emparèrent des caisses qu'ils pouvaient
saisir, coururent vers la poupe du bateau puis, en même temps qu'ils priaient
Dieu en leur for intérieur, ils sautèrent dans la mer.
La Méditerranée
était devenue particulièrement houleuse et ne rendait pas la tâche aisée pour
les quatre huguenots. Catherine Rolingy et son fils burent même la tasse à deux
ou trois reprises et manquèrent de couler. Mais les côtes étant devant eux, ils
ne pouvaient se permettre d'abandonner.
"Il...Il
faut continuer! lâcha Etienne Roligny, malgré les vagues qui éclaboussaient
constamment son visage. Nous avons l'occasion de sauver nos vies et notre
marchandise, nous ne pouvons nous permettre d'abandonner si près du but!"
Encouragés
par les injonctions du négociant de New Rochelle, les trois autres naufragés se
mirent à battre des jambes dans la mer, tout en s'agrippant fermement à ou aux
caisses qu'ils avaient sous les bras, malgré la tempête. Cependant, au fur et à
mesure qu'ils progressaient, ils sentaient que les conditions météorologiques
devenaient moins critiques, ce qui fut traduit par une parole de John, qui commençait
pourtant à se fatiguer:
"C'est...C'est
bon! Je sens que nous pouvons arriver près des côtes, nous y sommes
presque!"
Tout à
coup, un grondement terrible se fit entendre derrière le jeune homme et les
autres naufragés. Le jeune calviniste jeta un coup d'oeil derrière lui et
pâlit. Une vague de deux ou trois mètres de haut s'apprêtait à les engloutir,
lui, ses parents, et le révérend Valnoy. Il n'eut néanmoins pas l'occasion de
pousser un cri de terreur, car la lame s'abattit brutalement sur eux, les fit
goûter de plus belle à l'eau de la Mer Méditerranée, puis les projeta en avant.
Dans le tumulte, trois des six caisses ayant pu être sauvées étaient désormais
définitivement perdues. Les trois autres se retrouvèrent sur le rivage avec les
quatre naufragés.
La
famille Roligny et le révérend Valnoy restèrent inconscients pendant deux
minutes, puis la pluie vint les sortir de leur torpeur. John fut le premier à
se remettre sur ses deux pieds. Il regarda autour de lui, puis murmura:
"Nous...Nous
sommes donc vivants...Nous pouvons donc remercier Dieu..."
Son père
se releva ensuite à son tour et dit à son fils:
"John...Où
sommes-nous?"
Le jeune
homme secoua la tête:
"Je
n'en ai aucune idée, malheureusement...Nous avons pu sauver la moitié de la
cargaison restante, ainsi que nos vies, mais nous sommes bel et bien
perdus..."
"Dans
ce cas, répondit Etienne Roligny, il va falloir nous débrouiller
nous-mêmes...Je me charge de réveiller le révérend et ta mère, John, reste
immobile pour l'instant."
Il ne
fallut pas plus d'une minute au négociant pour réveiller Catherine et le
pasteur. Ce dernier s'adressa à lui en en ces termes:
"Où
sommes-nous, Etienne?"
"Je
n'en ai malheureusement aucune idée, révérend. La seule chose dont je sois sûr,
c'est que nous sommes sains et saufs et que nous avons pu préserver la moitié
de notre cargaison restante, les trois autres caisses ont coulé pour de
bon...Je crois que nous n'avons plus d'autre choix que de marcher droit devant
nous...John, prends une caisse, je me charge des deux autres. Catherine,
révérend, vous marcherez derrière nous!"
Catherine
et le pasteur hochèrent la tête, puis suivirent le père et le fils Roligny, qui
avaient entamé leur marche sur la plage. Ils la quittèrent trois minutes plus
tard, puis commencèrent à découvrir le paysage qui se tenait devant eux, malgré
une obscurité quasi omniprésente:
"J'ai...J'ai
l'impression que nous sommes dans un paysage de collines rocheuses, voire
peut-être de montagnes..."
"Cela
ne nous éclaire guère sur notre localisation." soupira John.
"En
ce qui me concerne, j'ai l'impression que nous sommes arrivés dans l'Empire
ottoman, étant donné que nous avions dépassé la Sicile depuis plusieurs
jours...Mais je ne crois pas que nous sommes arrivés à notre destination
initiale, suggéra Etienne. En attendant, il nous faut continuer à marcher,
malgré les intempéries!"
"Oui,
père." approuva John.
De leur
côté, le révérend et Catherine ne bronchèrent pas et suivirent le propriétaire
des manufactures Roligny et son fils. Toutefois, après plus d'une demi-heure de
marche, la fatigue vint les gagner, à cause de l'environnement hostile et
accidenté, et de la pluie qui n'en finissait plus de tomber, sans compter que
les quatre naufragés n'avaient guère eu l'occasion de dormir et qu'il leur
avait fallu nager dans des conditions difficiles. Etienne tenta bien de
résister à la fatigue durant cinq minutes, mais il finit par voir le révérend
Valnoy, puis sa femme tomber à terre et sombrer dans l'inconscience. L'effet
d'entraînement faisant son effet, il s'écroula à son tour. Quant à John, il se
sentait flageolant sur ses jambes, mais priait de tout son coeur pour ne pas
céder au sommeil. Néanmoins, ses parents et son précepteur ayant succombé à la
fatigue, il décida de se laisser aller; il fit un demi-tour sur lui-même, puis,
les paupières de plus en plus lourdes, il tomba, ventre à terre. Cependant,
avant de perdre conscience, l'espace d'un dixième de seconde, il eut le temps
d'apercevoir quelque chose semblable à des colonnes doriques.
Le
lendemain, vers dix heures
Non loin
de l'endroit où John, sa famille et le révérend Valnoy s'étaient évanouis,
trois hommes, ou plutôt deux jeunes hommes et un jeune garçon, marchaient. Le
plus âgé du groupe devait avoir dépassé la vingtaine, il avait les cheveux
châtains foncés, avec une mèche qui couvrait son front, et était plutôt grand.
Le deuxième se rapprochait de la vingtaine, avait un teint basané indiquant
qu'il devait venir d'un pays de l'hémisphère sud, certainement du grand Empire ibérique
se situant en Amérique du Sud, le troisième avait les cheveux noirs et courts
et était bien plus jeune que ses deux compagnons. Tous, malgré leurs origines
diverses, ils portaient des tenues très proches de celles des combattants grecs
de l'Antiquité, l'aîné du groupe portant notamment un plastron recouvrant sa
poitrine. Ils marchaient d'un bon pas, escaladant le paysage rigoureux, quand
ils crurent apercevoir quelque chose au loin:
"Maître!
dit le plus jeune à l'aîné du groupe. Il...Il me semble qu'il y a quelque chose
non loin devant nous!...Ou plutôt quelqu'un!"
"Des
gens s'aventurant par ici? s'étonna le jeune homme. Pourtant, depuis que je
suis arrivé au Sanctuaire, l'on m'a toujours dit que c'était un lieu inaccessible
pour ceux qui n'y vivent pas!"
Puis, se
tournant vers le jeune homme basané:
"Cristobal!
Pars en avant et viens voir ce qu'il y a précisément devant nous! Arkantos et
moi, nous resterons derrière toi!"
"Comme
tu voudras." répondit le jeune homme du nom de Cristobal.
Cristobal
partit donc d'un bon pas, suivi par Arkantos et l'aîné du groupe. Ce dernier et
le jeune garçon avaient marché pendant vingt secondes de plus, quand Cristobal
leur dit:
"Il
y a quatre personnes ici! Ils sont tous vêtus de noir! Il y a un homme d'âge
mûr, une femme un peu plus jeune que lui, un homme encore plus âgé, si l'on
voit ses cheveux grisonnants, et un jeune homme qui semble avoir environ vingt
ans!"
"Et
comment vont-ils, Cristobal?"demanda Arkantos.
"Ils
sont vivants, mais évanouis! Je ne sais pas comment ils ont pu arriver ici,
mais nous ne pouvons pas les abandonner à leur sort!"
"Ce
ne serait pas digne de nous, en effet, admit l'aîné du groupe. Le problème,
c'est que Rodorio, le village le plus proche du Sanctuaire, a fermé son
dispensaire aujourd'hui! Et pourtant, il faut pouvoir sauver ces
malheureux!"
Cristobal
allait répondre, quand il entendit plusieurs pas derrière lui. Il se retourna
et vit quatre hommes portant la même tenue et dont les traits étaient couverts
par des casques ressemblant à ceux de l'époque antique. L'un des hommes
s'avança vers l'aîné du groupe et lui dit:
"Chevalier!
Nous inspections en ce moment les montagnes qui protègent le Sanctuaire de la
curiosité du commun des mortels, mais nous n'y avons rien trouvé!"
Le jeune
chevalier fronça les sourcils, puis rétorqua:
"Permets-moi
de te détromper. Nous venons de trouver quatre personnes égarées dans ces
montagnes, vivantes mais inconscientes! Je ne sais pas comment ils ont pu venir
ici, mais nous ne pouvons pas les abandonner!"
"Et
que comptez-vous faire, chevalier?" demanda le soldat.
"Etant
donné que le dispensaire de Rodorio a fermé aujourd'hui, je vais, avec l'aide
de Cristobal et d'Arkantos, les amener au Sanctuaire!"
Le jeune
garçon intervint:
"Maître!
Vous n'y songez quand même pas sérieusement?"
"Bien
sûr que si, Arkantos, pourquoi me poses-tu cete question?"
"Seuls
les chevaliers sacrés ont le droit de se trouver sur les terres sacrées du
Sanctuaire! Il est formellement interdit d'héberger des inconnus là-bas!"
"Chevalier,
dit alors l'un des soldats, je crois que votre disciple a raison, je ne pense
pas que le Grand Pope apprécierait que vous désobéissiez à ses ordres..."
"Le
Grand Pope, répondit le jeune homme, m'a aussi appris qu'il est parfois bon de
désobéir à certains ordres quand la situation l'exige! Les lois et les règles
sont faites pour nous guider, pas pour nous asservir! Cristobal, tu vas porter
le plus âgé des étrangers sur tes épaules, Arkantos, tu te charges de la femme,
tandis que je m'occuperai des deux autres!..."
Le
chevalier s'arrêta subitement de parler, puis remarqua les caisses qui se
trouvaient près des égarés. Il s'adressa alors aux soldats en ces termes:
"Quant
à vous, vous porterez ces caisses, afin de ne pas être inutiles! J'irai
m'expliquer en personne auprès du Grand Pope, il comprendra!"
************
"L'on
m'a raconté cela peu de temps après que je sois arrivé au Sanctuaire." dit
John
Le
révérend Trevor avait écouté de manière perplexe le récit de John. Une
perplexité qu'il finit par traduire en mots:
"John,
je ne vous comprends pas...Où voulez-vous en venir?"
"Restez
patient, révérend, demanda le jeune homme. Je vous l'ai dit, c'est une longue
histoire, très longue histoire..."
************
John
Je me
suis réveillé au bout de plusieurs heures de sommeil. Je m'étais effondré sur
le sol dur de ce paysage hostile, où je n'avais pu décerner qu'une colonne
dorique au lointain. Visiblement, il se peut que nous nous trouvions dans l'Empire
ottoman, mais dans sa partie grecque...Istanbul est donc encore loin...Je
regarde autour de moi, je me trouve dans un lit plutôt confortable, les quatre
murs qui m'entourent sont en pierre. Je me palpe, je me tâte, je n'ai aucune
blessure sur le corps, je suis donc en bonne santé. Je regarde une nouvelle
fois autour de moi, je suis seul. Je me lève, inquiet:
"Père!
Mère! Révérend! Où...Où êtes-vous?"
Personne
ne répond. Je commence à m'affoler, je cours alors vers une porte que j'ai eue
le temps de repérer, mais je n'ai pas l'occasion de l'ouvrir; quelqu'un le fait
à ma place, et me demande, avec un fort accent espagnol:
"Tu
es réveillé?"
Je ne
réponds pas tout de suite, trop surpris par cette apparition. Celui qui se
trouve devant moi est un jeune homme un peu plus âgé que moi, aux cheveux
châtains foncés, le front couvert par une mèche de cheveux et vêtu d'une tenue
bleue similaire à celle des combattants de la Grèce antique. Je n'y comprends
absolument rien. Mon vis-à-vis me regarde fixement et me dit avec un sourire:
"Aurais-tu
perdu ta langue?"
"Non,
pas du tout, répondis-je. Je vais bien, merci...Mais...Mais pourquoi portez-vous
cet accoutrement bizarre?"
"Ce
n'est que la tenue des habitants du Sanctuaire, quand ils sont soldats ou ne
portent pas leurs armures de chevaliers sacrés!"
Je lève
les yeux au ciel pendant cinq secondes, ne comprenant plus rien à rien, avant
de balbutier:
"Le...Le
Sanctuaire?...Les...Les chevaliers sacrés?...Mais où suis-je? Et où sont mes
parents et le révérend Valnoy?"
"Ils
vont bien, rassure-toi. Ils dorment encore dans la pièce à côté. Maintenant,
quant à savoir le lieu où tu te trouves, je peux te le dire: tu es sur le
territoire du Sanctuaire de la déesse Athéna!"
"Athéna?!
dis-je d'un ton étonné. La déesse de la Guerre dans la mythologie grecque? Il y
a donc encore des païens de nos jours?"
"La
fidélité que nous autres chevaliers avons pour elle est moins d'ordre religieux
que spirituel. Nous la servons car c'est elle qui protège l'humanité des forces
du Mal...Tu auras le temps de tout apprendre sur ce sujet...Mais, dis-moi,
comment t'appelles-tu?"
"Je
me nomme John Roligny, fils d'Etienne Roligny, propriétaire d'une manufacture
de draps à New Rochelle, ville fondée par des réformés après l'édit de Fontainebleau."
"Tu
viens donc de loin, John, sourit le jeune homme. Quant à moi, je suis Felipe,
chevalier du Capricorne!"
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