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Chapitre 3 : En attendant.
Lorsque
Requiem se réveilla après une nuit parsemée de réveils intempestifs, dus à
l’excitation du combat à venir, aucun doute ne vint entacher son esprit.
« Alors comme ça, ce
Sculpteur serait bien plus puissant que moi… ? »
Une
telle offense à son orgueil ne devait pas rester impunie et il avait décidé
qu’il lui reviendrait, à lui et à lui seul, de lui faire mordre la poussière
une bonne fois pour toutes. Par ailleurs, son autre motivation, mais qui
n’était pas des moindres, résidait tout
de même dans l’idée qu’un voleur d’armure ne lui plaisait pas du tout. Il avait
passé de nombreuses années à s’entraîner très durement afin de gagner, et de
mériter de porter, sa Cloth, sous le climat très difficile des montagnes de
Transylvanie. La seule idée qu’un autre que lui puisse la porter, en la lui
volant bêtement, lui était tout simplement insupportable. Il l’avait acquise
trop durement pour tolérer une telle infamie.
Il
se mit à penser aux autres Saints, qui dormaient dans les chambres adjacentes.
Il n’avait pas vraiment eu l’occasion de les voir à l’œuvre. Leurs ennemis
d’hier avaient été vraiment trop faibles, et le combat trop inégal. Il ne
pouvait espérer en retirer quelque information que ce fut dont il aurait pu
tirer bénéfice. Sa seule certitude est qu’il leur était supérieur, sans aucun
doute. Il avait une totale confiance en la puissance destructrice de son poing
et de ses techniques de combat. S’il lui fallait le leur prouver, il le ferait.
Cela ne lui posait aucun problème de conscience.
Durant
toute une partie de la nuit d’ailleurs, il avait envisagé l’éventualité de
partir sans eux. Il n’aimait pas que l‘on traîne dans ses pattes, ni qu’on le
ralentisse. Il ne voulait pas non plus avoir à s’encombrer de poids morts.
Jouer au chef scout, c’était très peu pour lui. Néanmoins, après mûre réflexion
et après avoir tâté de ces soldats qui les avaient attaqués la veille, il en
était venu à la conclusion que leur présence vaudrait mieux et pourrait lui
servir. Ainsi ils pourraient s’occuper de la piétaille et des sous-fifres.
C’était un exercice qui ne le passionnait pas du tout. Seuls les ennemis
puissants méritaient qu’il les affronte.
Après
avoir pris une bonne douche revigorante, ainsi qu’un copieux petit déjeuner à
l’écart de Lissa et Jaku qui étaient attablés un peu plus loin, il s’aperçut
qu’il lui restait encore du temps à tuer avant l’heure prévue du départ. Il
décida donc d’aller redécouvrir un peu cet orphelinat dans lequel il avait
passé les quelques jeunes années de sa vie. Tout du moins celles dont il avait
envie de se rappeler à ce moment précis. Pour celles qu’il préférait occulter
en cet instant présent, il s’était de toute façon mis un point d’honneur à
régler tout ça en temps voulu.
Au
détour d’un couloir, il tomba nez à nez avec une grande porte ouverte. Jetant
un œil à l’intérieur, il s’aperçut qu’il s’agissait de la bibliothèque de
l’institution. N’étant guère familier, ni friand de lecture, il s’apprêtait à
passer son chemin quand il remarqua que Kuwabara, le Saint de Bronze du
Microscope s’y trouvait. Ce dernier était en train de dévorer de nombreux
ouvrages, dont beaucoup se trouvaient à présent éparpillés sur et à côté de la
table qu’il occupait.
Kuwabara,
ce grand gaillard à l’allure si posée, au regard fermé qui semblait vous
analyser à chaque seconde sans pour autant ne rien laisser paraître en retour.
Ce garçon à la chevelure violette faisait partie de ceux qui avaient retenu
l’attention de Requiem. Son instinct lui faisait clairement sentir que celui-ci
sortait du lot, ne serait-ce que par son charisme si particulier, ou plutôt si
« spécial ».
-
N’hésite surtout pas à entrer Requiem, lui lança le garçon à
la courte chevelure violette. Te cultiver ne risque pas de te faire le moindre
mal.
Requiem
aurait pu jurer qu’à aucun moment le Saint du Microscope n’avait levé les yeux
de ses livres et se demanda comment diable il avait pu ne serait-ce que savoir
que c’était lui, et pas un des autres Saints de Bronze. Malgré tout, par égard
pour sa fierté, il n’en laissa rien paraître.
-
Ce n’est pourtant pas à coups de livres que tu vas vaincre tes
adversaires, le rat de bibliothèque. C’est bien joli d’en avoir plein la tête,
mais faut aussi être capable de mettre la main à la pâte.
-
Pff, l’ignorance est le seul refuge des sots, Requiem. Il est
impératif de se renseigner sur son ennemi avant d’aller au-devant de lui.
Partir au combat sans stratégie ne vaut rien. La force brute sans cervelle ne
vaut rien. Ton orgueil, s’il est sans intelligence, ne vaut rien.
-
Je vois, tu es de ceux qui calculent leurs moindres faits et
gestes. De ceux qui restent à l’arrière, prétendant étudier le terrain, mais
qui ne font que regarder les autres suer sang et eau pour eux et en réclamer le
mérite.
-
Je dirais plutôt que je suis de ceux qui n’aiment pas être
pris au dépourvu et se retrouver sans ressource, le bec dans l’eau.
Sur
ce, comme si de rien n’était, il replongea le nez dans son ouvrage, un traité
d’astronomie, mais le referma sèchement presque aussitôt, ne pouvant réprimer
un profond soupir.
-
Ce que je n’arrive pas à comprendre, c’est l’intérêt que peut
avoir ce Sculpteur à nous voler nos Cloth. S’il est bel et bien un Saint, comme
nous le présumons bien évidemment tous, il ne peut-être qu’un renégat, car le
Sanctuaire ne tolérerait jamais un voleur d’armure dans ses rangs, pourtant…
S’il est toujours un Saint, on peut en déduire que sa Cloth ne l’a pas renié,
en dépit de sa supposée condition de renégat. Je ne peux envisager qu’il agisse
sur les ordres du Sanctuaire, alors pourquoi… ?
-
Peut-être essaie-t-il tout simplement de se créer sa propre
petite armée personnelle ?
-
Tu y crois vraiment, réagit vivement Kuwabara les yeux
écarquillés ? Si c’est le cas, alors c’est un parfait crétin qui ne
connaît rien de la façon dont tout cela fonctionne. Quand bien même il aurait
anticipé et aurait commencé à former de potentiels Saints depuis des années,
rien ne dit que des Habits Sacrés, volés de surcroît, accepteraient d’être
portées par eux ! Il me semble qu’il y a vraiment beaucoup trop d’aléatoires
et d’inconnues pour que cette hypothèse soit sérieusement envisageable…
-
Moi, tout ce que je vois, c’est qu’il veut nos Cloth. Et nous,
il nous veut morts. Point final. Si ce n’est pour les offrir à d’éventuels
Saints qui prendraient les armes pour lui, je ne vois vraiment pas qu’elles
peuvent être ses autres options, rétorqua Requiem, légèrement vexé de voir sa
supposition relayée au rang d’absurdité.
-
C’est un fait, je te l’accorde, mais nos habits sacrés ne lui
seront vraisemblablement d’aucune utilité, à moins d’être un chanceux
éhonté ! La seule autre éventualité que je pourrais envisager à l’heure
actuelle, puisqu’il est le « Sculpteur », est qu’il cherche à obtenir
nos Cloth afin d’en faire des répliques pour ses créations.
-
Tu penses à ses hommes, à ces soldats dont la peau semblait
être faite de terre ?
-
Oui, acquiesça gravement le Saint du Microscope. Et c’est ce
point qui m’inquiète le plus pour l’heure. Ces soldats de glaise étaient des
créations artificielles, cela ne fait aucun doute. Et créés à base de terre, on
ne peut qu’en déduire qu’ils ont été créés par ce Saint, ce qui veut dire qu’il
a la faculté d’insuffler de la vie dans de la matière inerte, c’est…
-
C’est tout bonnement excitant, exulta Requiem, au comble de
l’excitation. C’est vraiment la meilleure nouvelle de la journée !
-
Comment ça, lui répondit un Kuwabara incrédule, les yeux
grands ouverts.
-
S’il possède un tel pouvoir, il doit être un guerrier doué
d’une force ou, au moins, d’une puissance exceptionnelle. Un Saint à ma mesure,
pas comme ces pantins d’hier ! Je ne demande rien d’autre qu’un adversaire
à ma taille et une bonne baston !
-
Heureux les simples d’esprits, lui rétorqua l’autre, secouant
la tête d’un profond dépit. C’est encore pire que ce que je craignais. Cette
génération de Saint craint un max.
-
Répète-ça ? S’emporta prestement Requiem. Viens ici que
je te montre à quel point je crains et que je te fasse avaler ta langue un peu
trop pendue.
-
Pff, inutile. Je ne suis pas suffisamment idiot pour gaspiller
mon énergie contre une personne telle que toi, et encore moins juste avant de
partir pour un combat contre un adversaire visiblement très dangereux. Après,
si tu es encore en vie, ce dont je doute, vu ton… caractère très simple, et si
tu as encore la tête qui chauffe, viens me voir. Je suis ton homme si tu
cherches quelqu’un pour t’enseigner l’humilité.
-
Ne soit pas trop pressé que je vienne pour ça. Ce n’est
certainement pas à coup de reliures de livre que moi je t’apprendrai le
respect.
Sur
ce Requiem se décida à tourner les talons. Il n’aimait vraiment pas ce dernier
et sa façon sournoise d’être, à analyser les gens en continu. Car il n’était
pas dupe, il avait bien remarqué que Kuwabara ne l’avait pas lâché du regard et
qu’il avait essayé d’en tirer la moindre information qui lui serait utile. Par
ailleurs, il dégageait une sorte d’impression inquiétante, une puissance
tranquille, cachée, contenue et pourtant presque tangible, presque terrifiante
de par sa nature.
Oui,
celui-là pourrait être un adversaire à sa mesure. Coriace et puissant. Depuis
qu’il avait enfin obtenu sa Cloth, il s’ennuyait de tout et il lui tardait
d’avoir enfin un vrai premier combat à livrer. Et ça lui mettait les nerfs à
vifs, ayant énormément de mal à calmer cette pulsion, cette envie d’en
découdre.
Au
détour d’une fenêtre, il aperçut à l’extérieur du bâtiment, dans le jardin,
Tatsumi qui semblait avoir une joute verbale avec Niwa. A tout bien y
réfléchir, joute verbale était une expression un peu exagérée si l’on considérait
les limites intellectuelles visibles du Saint du Renard. Il s’agissait plus
d’une altercation, Niwa ayant visiblement beaucoup de mal à se contenir pour ne
pas enfoncer son poing dans le visage du vieux chauve.
De
là où il se tenait, le Saint de l’Hydre Mâle ne pouvait entendre ce qu’ils se
disaient, mais il sentait de façon très nette l’agressivité exprimée par le
Saint du Renard, tout comme à son habitude pour tout dire. Requiem avait
vraiment du mal à comprendre pourquoi Niwa avait toujours autant les nerfs à
vifs, à partir au quart de tour envers et contre tout. Il ne l’avait retrouvé
que la veille, comme tous les autres d’ailleurs, mais il ne lui semblait pas
qu’enfant il avait ce tempérament. Il se souvenait d’un enfant solitaire,
certes, mais pas agressif. Lui aussi avait dû en baver lors de son
entraînement. Celui-ci semblait lui avoir laissé des marques profondes.
Peut-être plus que beaucoup de Saints qui en ressortaient psychologiquement
affectés à vie. Des marques psychologiques qu’il ne parviendrait peut-être à
surmonter, le laissant particulièrement instable.
Ses
réflexions s’interrompirent lorsque Niwa après avoir violemment repoussé
Tatsumi sans aucun ménagement, bondit en l’air avec une vélocité
impressionnante, laissant le chevelu seul derrière lui.
-
Arrête de rêvasser, il est l’heure de se rendre en salle de
conférence. Ça va être l’heure de partir.
Requiem
se retourna avec flegme pour faire face à Antonio qui était arrivé dans son
dos.
-
Le chevelu n’y est pas encore, rien ne presse, lui
répondit-il, lui montrant Tatsumi en train de se relever et de pester avec
véhémence.
-
Encore en train de gueuler ? Décidément, il n’a pas
changé. Un vrai roquet.
-
Oui, il me semble d’ailleurs que les aboiements de roquets
mettent les renards sur les nerfs…
Antonio
lui adressa un regard interrogateur, mais Requiem se contenta d’un haussement
d’épaules désinvolte, ce qui était sans doute, pour lui, la façon la plus
ostensible d’exprimer sa sympathie envers le Saint du Lynx.
Tous
deux se dirigèrent ensemble vers la salle de conférence à l’intérieur de
laquelle se trouvait déjà Hiro, toujours à l’heure et toujours souriant dès
qu’il se trouvait en présence d’une tierce personne. Mais Requiem n’était pas
dupe. Il l’avait vu se promener seul dans les jardins. Hiro aussi avait des
blessures à panser…
Tatsumi
fit son apparition, et surpris de voir que du monde se trouvait déjà là, à
l’attendre, il essaya de se redonner de la contenance. Très rapidement, Lissa,
Jaku et Kuwabara les rejoignirent. A la surprise modérée de Requiem, le
majordome commença à s’adresser à eux sans attendre Niwa.
-
Pour commencer, je souhaiterais tout d’abord vous remercier
tous d’être là et de vous apprêter à faire ce que vous allez faire, même si
certains ne sont que des poules mouillées, lança-t-il en lançant à travers la
fenêtre une craie qui donna lieu à une profusion de menaces de tortures et de
lacérations diverses d’une voix que Lissa attribua à Niwa sans pour autant en
être certaine.
Une fois ressorti de la table
sous laquelle il s’était promptement jeté, Tatsumi refit son nœud de cravate et
tenta de faire comme si rien ne s’était passé.
-
Donc comme je vous disais, je vous remercie de ne pas être
parti et de tenter de vous opposer à cet homme. Je vous en suis reconnaissant,
mais n’oubliez pas une chose : le Sanctuaire à besoin de vous plus que
tout, beaucoup plus que de moi vivant. Je vous en conjure, ne tentez pas
l’impossible, si vous voyez que cela devient trop dangereux, surtout revenez.
Il n’est pas important que…
-
Arrête donc tes simagrées, Vieux Chauve, lança Jaku, comment
veux-tu qu’on te laisse derrière nous en te regardant faire dans ton
pantalon ?
-
Ce que veux dire Jaku à sa manière, tenta de rattraper Hiro,
c’est que nous ne te laisserons pas en te sachant en danger. C’est notre rôle,
notre devoir que de protéger toute vie. C’est pour cela que nous avons… que
nous avons…
Le
Saint à la blonde chevelure sembla un peu perdre le fil de ses mots, comme en
proie à une angoisse subite.
-
C’est pour cela que nous nous sommes entraînés si durement, et
c’est ce à quoi nous avons décidé de dédier nos vies, repris Antonio, sortant
Hiro de sa torpeur par la même occasion.
-
Et c’est tout à votre honneur, jeunes Saints. Néanmoins,
n’oubliez pas que vous devez avant tout dédier votre vie, à Athéna votre
Déesse. Et le sanctuaire, son domaine à un besoin vital de vous. C’est pour
cela, et afin de minimiser les risques de pertes qu’on nous a dépêché une aide.
Tendant
la main en direction de la porte, il invita un jeune garçon à entrer dans la
pièce. Il s’agissait d’un jeune garçon, aux cheveux couleur de sable, portant
déjà sa Cloth sur lui. Il ne semblait pas beaucoup plus âgé que la plupart des
autres garçons présents dans la salle, mais il avait pour lui une certaine
assurance.
-
Je me nomme Ithaque, Saint de Bronze de la Girafe. Le
sanctuaire m’envoie vous épauler dans votre escapade contre ce voleur d’armure.
Le Grand Pope a estimé qu’une aide supplémentaire vous serait très certainement
profitable, et limiterait les risques de pertes en vie. Comme ce monsieur vous
l’a expliqué, votre présence est grandement requise afin de consolider les
forces du Sanctuaires, très diminuées.
-
Si ton Pope estime qu’à sept, nous sommes incapables de venir
à bout d’un seul ennemi, je ne vois pas quel est son intérêt de nous voir
rejoindre ses rangs, lui lança hargneusement Requiem, visiblement vexé.
-
Ton orgueil est tout à ton honneur, Saint, lui répondit très
calmement Ithaque, néanmoins, il y a deux choses que tu devrais prendre en
compte. Outre ses créations, rien ne prouve que le Sculpteur agisse seul. Par
ailleurs, tu ignores tout de lui, ce qui n’est pas le cas du Sanctuaire.
-
Dis-nous qui il est alors, lui demanda Lissa, d’une voix
qu’elle voulait quelque peu sensuelle.
-
Il n’est pas de mon ressort de vous en informer, et même si je
sais que ce que je vais vous dire ne va pas vous plaire, en tant que Saints de
Bronze, il vous faudra tous apprendre à obéir sans poser de question. Vous
n’avez qu’un rang de simples exécutants au sein de la hiérarchie du Sanctuaire
et vous serez toujours considérez de cette façon, aussi frustrant que cela soit
pour vous.
Comme
il s’y attendait, Ithaque reçut un écho peu favorable à cette dernière
déclaration. La plupart d’entre eux se sentaient offusqués à l’idée de n’être
considérés que comme de simples outils, mais quelques autres, comme Kuwabara ou
Lissa, semblaient être déjà au fait de la chose et ne réagirent pas. Il eut
même, le sentiment que ces deux-là adoptaient une attitude étrangement soumise.
Il était clair pour ces deux là qu’ils ne se contenteraient pas de leur
position, mais il préféra fermer les yeux sur cette impression pour le moment,
l’instant était mal choisi, et il n’était pas chargé d’inculquer la discipline
à de jeunes recrues. Lui-même était Saint depuis assez peu de temps, même s’il
avait déjà eu l’opportunité d’effectuer quelques missions pour le Sanctuaire.
Il
leva les yeux vers le mur : 11h10. Il poussa un soupir et inspira
profondément.
« Bon, messieurs,
mademoiselle, je pense qu’il est temps de se mettre en route. Ne faisons pas
attendre notre hôte. »
Il
se tourna vers Tatsumi qui les invita tous à les suivre. Il allait les emmener
jusqu’à l’héliport de la résidence et ils se rendraient sur le lieu de
rendez-vous par les airs. La plupart se levèrent et le suivirent. Requiem,
tarda tout de même à se lever, fixant Ithaque des yeux, ce que remarqua
Antonio, qui jugea préférable de rester dans les parages.
-
Alors, le Sanctuaire nous envoie donc des larbins pour nous
assister, c’est bien comme ça que je dois l’interpréter, dit Requiem avec
hargne.
-
Requiem, ce n’est pas le moment ! Tenta Antonio afin de
le calmer.
-
Laisse donc, je sais qu’il n’est pas évident pour certains
d’accepter sa condition. Et ne t’y trompe pas, tu me traitais de larbin, mais
sache que nous ne serons jamais rien de plus au Sanctuaire que des larbins, de
simples exécutants. Il te faut l’admettre.
-
Je ne serai jamais le larbin de personne, rétorqua Requiem,
l’empoignant par le col en dépit des tentatives d’Antonio pour les séparer.
-
Je te souhaite de ne pas l’être, mais ne t’y trompe pas. De
gré ou de force, il te faudra te soumettre à l’autorité du sanctuaire.
Sur
ce, il se dégagea et commença à s’engouffrer dans le couloir à la suite des
autres qui avaient déjà un peu pris d’avance sur eux. Requiem se rua à sa
poursuite, et Antonio à celle de Requiem, mais lorsqu’il sortirent tous trois
de la salle de conférence, ils se retrouvèrent dans le noir le plus total. Toute
lumière semblait avoir disparu, comme avalée par cette obscurité.
Instinctivement, Ithaque se mit en position de défense.
-
Je ne ressens aucun cosmos, mais méfiez-vous, cela ne me dit
rien qui vaille.
-
Garde tes conseils pour toi, espèce de…, commença Requiem
avant de voler en arrière, violemment propulsé par un coup invisible.
-
Requiem ! S’inquiéta Antonio qui couru voir si son
camarade allait bien.
-
Ça va ! Le repoussa le Saint de l’Hydre Mâle avec humeur,
je suis pas en sucre !
Tous
deux décidèrent de revêtir leurs Habits Sacrés maintenant qu’il devenait
évident qu’ils étaient la cible d’un adversaire. Ils vinrent se poster aux
côtés d’Ithaque qui avait l’air mal à l’aise.
-
Je n’ai rien pu faire. Je n’ai même pas vu d’où venait le
coup, ni même ne l’ai vu passer devant mes yeux. C’est mauvais.
-
Tu flippes, le larbin ?
-
Tu ferais bien de te méfier, Saint.
-
Arrête donc, tu me fais peur !
-
Je ne parle pas de moi, mais de lui…
Requiem
et Antonio regardèrent droit devant eux pour voir un homme, complètement caché
sous une cape et une capuche sombre. Un cosmos d’une blancheur éclatante se
déclara soudain, les paralysant tous de par son extrême puissance. Tous étaient
conscients que cet être qui leur faisait face disposait d’une force inouïe,
bien plus puissante que la leur.
Mais
le Saint de l’Hydre Mâle n’était pas homme à se laisser impressionner, et il
eût tôt fait de réagir de la seule manière qui lui convenait, à savoir en
attaquant. Il se rua sur l’homme en cape en hurlant, serrant le poing. Mais
alors qu’il allait frapper, il se retrouva de nouveau propulsé en arrière, sans
pouvoir faire le moindre este de défense.
-
C’est incroyable, je ne l’ai même pas vu bouger.
-
Mon maître, expliqua Antonio, m’a raconté que certains, au
terme de leur entraînement étaient capable de se déplacer bien au-delà de la
vitesse du son, voir même à la vitesse de la lumière. Je ne sais pas à quelle
vitesse se déplace celui-ci, mais c’est bien au-delà de mes capacités en tout
cas.
-
Je vois, dit l’homme en cape d’une voix sourde et profonde,
rompant enfin le silence, que certains d’entre vous savent penser…
-
Qui es-tu ? Lui demanda Ithaque, en sueur.
-
Cela ne te regarde pas. Tout ce qui t’intéresse, ici et
maintenant est que je ne souhaite pas vous laisser tous aller à la rencontre du
Saint du Sculpteur. Je ne fais pas suffisamment confiance en sa force pour tous
vous abattre, alors je vais lui simplifier quelque peu la tache en le
débarrassant de vous trois, ça devrait être suffisant, je pense.
Sans plus attendre, il
leva tranquillement le bras, découvrant une partie d’armure d’une blancheur
étincelante et commença à concentrer son cosmos. Epouvanté, Ithaque cria à
Antonio et Requiem d’attaquer avec lui tous ensemble, mais alors qu’ils se
jetaient sur lui, une lumière jaillit de la paume de leur adversaire et les
engloutit totalement dans sa blanche clarté. |