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Date : 1987
Lieu : inconnu.
Assis sur son
trône dans un somptueux palais, un homme coiffé d’une couronne métallique
regardait, sur le sol devant lui, un grand bassin rempli d’eau limpide. Puis il
releva la tête et parcourut du regard le décor autour de lui. L’architecture
évoquait un curieux mélange entre plusieurs styles antiques, au milieu desquels
dominaient les styles romain et grec : au-dessus du bassin que le maître
des lieux contemplait, une ouverture dans le toit laissait passer les eaux de
pluie, à la manière d’un compluvium
surmontant un impluvium, comme on en
trouvait dans les antiques villas romaines. Mais les colonnes qui soutenaient
le toit en pente du compluvium
étaient typiquement grecques, de style corinthien avec leur fût rectiligne
couronné d’un chapiteau en forme de pyramide tronquée renversée, orné de
feuilles d’acanthe sculptées. Partout ailleurs, le regard rencontrait le même
mélange de styles qui faisait de cette demeure royale un lieu étrange, qu’on
aurait pu croire hors du temps.
Cette
impression d’intemporalité était d’ailleurs renforcée par l’absence de tout
appareil moderne qui aurait été indispensable à la vie des gens de cette
époque. Pas de tic-tac régulier caractéristique des horloges, pas le moindre
fond sonore autre que celui du vent dans les feuilles des arbres du jardin,
situé de l’autre côté de la porte qui donnait dans la salle du trône. Pas même
un de ces mugissements mécaniques qui rythmaient la vie des humains modernes.
En guise d’horloge, un grand cadran solaire à plateau horizontal trônait au
centre du jardin, que l’homme couronné pouvait apercevoir par la porte ouverte
de la salle du trône. Et les chants d’oiseaux étaient le seul autre bruit qui
parvenait à ses oreilles.
Comme mû par
un ressort, l’homme se dressa soudain sur son trône et, dans un froissement de
tissu, se rapprocha du bassin. Son ample robe de soie blanche dissimulait
entièrement son corps et ne laissait rien apparaître de ses vêtements ;
même ses pieds restaient cachés par le tissu, mais l’on pouvait entendre à
chaque pas le claquement sonore du métal heurtant la pierre.
Arrivé près
du bassin où le jardin se reflétait par la porte ouverte de la salle, l’homme
s’arrêta et étendit au-dessus de l’eau une main gantée de métal, recouverte
d’une protection rutilante dont seuls sortaient les deux dernières phalanges de
chaque doigt. Le vent cessa brusquement de souffler, et les oiseaux se
turent ; même le soleil sembla stopper sa course dans le ciel au moment où
une aura éblouissante vint envelopper le corps du mystérieux individu. Puis
l’eau du bassin se mit à frémir au point que le reflet du jardin se troubla
pour totalement disparaître, aussitôt remplacé par une image située en un autre
lieu, une scène de désolation qui contrastait fortement avec la tranquillité
des lieux. L’homme abaissa alors son bras et observa en silence.
Lieu : Élysion.
La bataille
était finie. Au prix d’un effort surhumain, les cinq Chevaliers de Bronze
avaient rejoint le lieu sacré, demeure d’Hadès depuis des temps immémoriaux, où
le Dieu des Enfers avait emmené Athéna. Épuisés par leur long combat contre les
108 Spectres, ils avaient alors dû affronter les plus terribles serviteurs d’Hadès :
les Dieux jumeaux du Sommeil et de la Mort, Hypnos et Thanatos. D’abord dépassés par l’immense pouvoir des deux
Dieux, ils avaient réussi à dépasser une fois de plus leurs limites ;
enflammant leur cosmo-énergie comme ils ne l’avaient encore jamais fait, ils
étaient devenus des Chevaliers Divins. Leurs Armures de Bronze, ressuscitées
par le sang d’Athéna et à nouveau anéanties par les coups des Dieux jumeaux,
étaient revenues à la vie, devenant des protections quasi divines, des Kamuis
que seules dépassaient les Kamuis des Olympiens.
Après avoir
tenté vainement de libérer leur Déesse prisonnière de la jarre qui buvait son
sang, ils avaient assisté, impuissants, au réveil d’Hadès dont l’âme avait
regagné son corps d’origine. Alors que tout semblait perdu, Athéna était sortie
de sa léthargie et avait revêtu son Armure Divine, apportée à Élysion par
Seiya, pour livrer le dernier combat. Le Dieu des Enfers semblait devoir sortir
vainqueur quant Seiya s’interposa, et prit en plein cœur le coup d’épée destiné
à Athéna en même temps qu’il repoussait Hadès d’un formidable coup de poing.
Ses quatre frères, Shiryu, Hyoga, Shun et Ikki, le virent mourir sous leurs
yeux alors qu’il s’effondra dans les bras d’Athéna et que sa cosmo-énergie s’éteignit,
comme une bougie privée d’oxygène.
Dans un
ultime sursaut d’énergie, les quatre frères unirent leur force à celle de leur
Déesse, et ensemble ils portèrent à Hadès un coup fatal. Transpercé par le
Sceptre d’Athéna, le Dieu Ténébreux disparut alors, annonçant à ses vainqueurs
que sa disparition ne signifierait pas la fin de leurs ennuis. Et autour des
quatre Chevaliers entourant Athéna, qui tenait dans ses bras le corps inerte de
Seiya, Élysion s’effondra.
Lieu : inconnu.
L’homme – à moins
que ce ne fût un dieu – étendit à nouveau la main au-dessus du bassin en
déployant son cosmos. La scène de la destruction d’Élysion disparut aussitôt
dans un frémissement liquide, et le jardin se refléta à nouveau dans l’eau
tranquille comme si de rien n’était. Le temps reprit alors son cours. Dans le
ciel, le soleil ne semblait pas avoir bougé, mais quelque chose avait changé et tout semblait redevenu normal. Les
oiseaux se remirent à chanter et le vent à souffler. L’homme eut un sourire
satisfait.
- Le moment
approche, dit-il. Bientôt, l’Univers tremblera devant moi !
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