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Sakura déambulait dans les rues de Médina. Elle n'était pas très fière d'elle
car pour la première fois elle séchait les cours. Cependant, il fallait qu'elle
puisse réfléchir calmement. Entre le lycée et l'entraînement, elle n'arrivait
pas à penser au problème qui se posait à elle depuis deux semaines.
Sakura : Pourquoi est ce que je n'arrive pas à parler au psy ? Je
sais très bien qu'elle veux m'aider, mais chaque fois que je la vois, j'ai
l'impression de replonger dans mon mutisme. La seule chose que je peux lui dire
c'est "bonjour", "merci" et "au revoir". D'ailleurs la fois où je lui ai dit "à
demain" , elle a affirmé que j'avais fait des progrès. Je ne sais pas si elle
était sérieuse ou si elle faisait de l'ironie. Cependant, ce qu'elle
m'a conseillé hier est intéressant. Me confier à n'importe qui voire même un
inconnu. D'après elle, mon silence est du au fait qu'elle est une
professionnelle et qu'inconsciemment, je suis certaine qu'elle ne s'intéresse
pas réellement à moi. Elle a sûrement raison.
Sakura s'arrêta à la terrasse d'un café et commanda un chocolat chaud.
Pendant qu'elle buvait, elle ne pût s'empêcher d'écouter la discussion à la
table voisine. Homme : Mais tu es complètement folle ! Tu ne sais pas
ce qui est arrivé aux autres ? Femme : Ce n'était pas des
journalistes mais des charognards. Les questions qu'ils posaient étaient d'une
indécence. Homme : Peut être mais j'espère qu'on ne tombera pas sur
le père. Femme : D'après mes informations, sa femme est encore plus
agressive. Homme : Le mieux serait d'aller trouver la fille à la
sortie des classes. Femme : Il n'en est pas question ! Nous ne ferons
rien sans l'autorisation de ses parents. Cette pauvre Sakura est peut être
encore sous le choc. Tu ne sais pas ce que c'est de voir quelqu'un mourir à cet
âge, moi si. J'avais dix ans quand j'ai vu mes parents périr dans un incendie.
Il m'a fallut cinq ans de psychanalyse pour m'en remettre. Homme :
Je ... Je ne savais pas. Femme : Ce n'est rien. Sakura :
Excusez-moi ? Est ce que par hasard vous parleriez de Sakura Doki ?
Femme : C'est exact. Vous la connaissez ? Sakura : Nous
sommes très proches. J'ai suivi votre discussion et si j'ai bien compris, vous
êtes journalistes ? Femme : Journaliste est un bien grand mot.
Homme : Nous travaillons pour une petites chaîne du câble, elle
s'appelle Homo-News. Femme : Vous ne le savez peut être pas, mais la
mort de Shinji Hazuki a fortement ému notre communauté. Malheureusement, nous ne
savons rien de lui. Ils est hors de questions d'interviewer son père, sa mère
refuse, et c'est compréhensible, de nous parler quant aux autres, ils veulent
monnayer leurs renseignements. Homme : Tout cela nous oblige à nous
rabattre sur le témoin du meurtre. Malheureusement, elle est sûrement encore
fragile psychologiquement et ses parents ne semblent pas commodes.
Sakura : Puisque vous me semblez sympathiques, je peux vous arranger
une entrevue si vous voulez ? Homme : Sans blague ?!
Sakura : Bien sûr, mais j'y pense, nous ne nous sommes pas présentés.
Femme : Vous avez raison. Je m'appelle Momiji Haraki, et lui c'est
Shiguéru Suzuki mon cameraman. Sakura : Enchantée, je me nomme
Sakura, Sakura Doki.
Momiji et Shiguéru se demandaient si la jeune fille en face d'eux n'était pas
en train de leur faire une farce. Voyant l'air septique de ses interlocuteurs,
Sakura leur montra sa carte d'identité. Shiguéru l'examina pour vérifier si
elle n'était pas fausse. Il ne pût que confirmer les dires de Sakura.
Momiji : Je peux savoir ce qui vous pousse à vous confier à nous ?
Sakura : Je pense que le fait que vous ayez vous aussi vécu un moment
tragique, me pousse à vous faire confiance. De plus, mon psy m'a recommandé ...
Momiji : De vous confier à quelqu'un même un inconnu. J'ai connu ça
moi aussi. Sakura : Et c'est efficace ? Momiji :
Personnellement, il m'a fallu une semaine pour me rendre compte que je me
portais mieux. Mais cela doit varier selon le caractère de chacun. Cependant,
j'ai du attendre trois ans pour pouvoir me confier. Vous semblez surmonter votre
traumatisme très rapidement. Sakura : C'est un de mes défauts, je ne
supporte pas attendre.
Sakura avait dit cela sur le ton de la plaisanterie, mais Momiji remarqua
tout de suite que son sourire était forcé.
Quelques instants plus tard, dans le café.
Shiguéru avait marchandé avec le gérant pour pouvoir tourner l'interview dans
son commerce. Il finit par accepter à condition que son enseigne soit citée.
Momiji : Vous êtes sur que vous voulez le faire ? Sakura :
Non, mais je ne vais pas fuir mes démons toute ma vie.
Momiji s'assit en face de Sakura son micro à la main. Momiji :
Mademoiselle Doki, pourriez vous vous présenter à nos téléspectateurs ?
Sakura prit une grande inspiration. Sakura : Et bien j'ai quatorze
ans, je suis en terminale au lycée de Médina et je suis la meilleure élève de
mes parents au dojo. Momiji : Est-ce que vous vivez bien votre
situation de surdouée ? Sakura : Je n'aime pas le terme surdoué. Je
préfère dire que je suis plus éveillée que les enfants de mon âge, ou bien que
j'ai une grande faculté de compréhension. Momiji : Voilà des paroles
bien humbles. Avez vous des matières de prédilection ? Sakura : Les
langues, l'histoire et la littérature. Pour le sport, bien que j'y excelle, je
le mets dans le cadre de mon entraînement martial. J'ai plus de mal avec les
matières scientifiques, mais je n'ai jamais eu de notes en dessous de la
moyenne. Momiji : Combien de langues maîtrisez vous ?
Sakura : Mes parents m'ont appris le grec et l'italien, sinon je suis
très bonne en français et je baragouine un peu l'anglais que j'ai appris au
lycée. Ce qui fait quatre en tout. Momiji : Ce sont exclusivement
des langues européennes, vous êtes fascinée par cette partie du monde ?
Sakura : En fait ma mère est italienne et mon père a passé une partie
de sa vie en Grèce. C'est d'ailleurs là bas qu'ils se sont rencontrés. Je me
suis intéressée au français après avoir entendu une chanson dans cette langue à
la radio. Je trouvais la musique jolie, mais je voulais absolument comprendre
les paroles. C'est ce qui m'a poussé à apprendre la langue de Molière. Quant à
l'anglais, c'est une des langues les plus parlées au monde et je compte bien
voir du pays un jour. Momiji : Hormis les arts martiaux, vous avez
d'autres centres d'intérêt ? Sakura : Je me passionne pour les
dessins animés français et j'adore traduire les textes des chansons de ce pays.
Momiji : Vous êtes une fille aux multiples talents, mais assez parlé
de vous. Pourriez vous nous dire comment vous avez rencontré Shinji ?
Sakura marqua un silence.
Sakura : C'était il y a deux ans, un lundi si je me souviens bien.
Shinji était un élève de mon père. Il n'était pas très bon, pour ne pas dire
complètement mauvais. Hors un jour, j'ai surpris une discussion entre mon
père et le sien. Monsieur Hazuki lui reprochait les prestations déplorables de
son fils. Mon père a bien essayé de lui faire comprendre que Shinji manquait de
volonté, rien n'y faisait. Monsieur Hazuki l'a même menacé de le traîner devant
les tribunaux pour escroquerie si Shinji ne faisait pas de progrès d'ici la fin
de la semaine. Cette discussion m'avait choquée et je décidais de réagir.
Avant de commencer les exercices, nous avions toujours une heure
d'échauffement. Mon père n'y assistait pas, il laissait les novices aux soins
des élèves les plus expérimentés. Habituellement, je m'occupais de Kaidé, une
fille de mon âge. Je lui ai fait comprendre que je désirais m'occuper d'un autre
élève. Je l'ai confiée aux bons soins de Toji qui était, après moi, le meilleur
élément du dojo. Je me suis ensuite dirigée vers Shinji qui, comme d'habitude,
ne faisait rien, et préparais ma vengeance. Je me rappelle encore de notre
discussion.
Flash back
Sakura : Dis donc feignant, t'es pas là pour te reposer. Alors tu vas
me faire le plaisir d'aller sur le tatami et en quatrième vitesse.
Shinji n'obtempéra pas. Sakura le projeta alors sur l'aire de combat.
Shinji : Mais t'es complètement folle ! Sakura : Enfin une
réaction. Bien, on va faire un petit jeu, il durera toute la semaine. Je te
donne une heure pour me porter un coup. Chaque fois que tu rateras, je
t'humilierais, si ta performance est vraiment déplorable, je te frapperais. Si à
la fin du temps imparti tu échouais, je te passerais à tabac. Si tu refuses, le
résultat sera le même que si tu perds. Shinji : Et si je réussis à te
toucher ? Sakura : Si tu réussis cet exploit, je serais ton esclave
une semaine durant. Shinji : Marché conclu.
Le présent
Momiji : Vous n'aviez pas peur de perdre ? Sakura : J'étais
sûre de ma victoire. J'évitais tous ses coups avec aisance et me moquais de lui
à chaque fois que j'esquivais. Comme promis, je le frappais chaque fois que le
coup qu'il me portait était déplorable. Au bout d'une demi heure, il était à
bout de nerf, il ne parvenait plus à se concentrer. Il m'envoya un coup
tellement lent, que je décidais de contre-attaquer tout de suite. Je me suis
retrouvée au tapis en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Momiji
: Comment vous a t'il touché ? Sakura : Il avait fait une feinte
tellement évidente que je ne l'avais même pas vue. Shinji avait compris que les
insultes et les coups que je lui donnais, étaient inversement proportionnels aux
siens. Il a donc sciemment porté un coup très faible pour me forcer à attaquer.
Il m'a ensuite empoignée le bras et mis à terre. Mon père est arrivé à ce
moment là et a vue que j'étais au tapis. Il m'a demandé et je le cite : "quel
demi-dieu" avait réussi cet "exploit". Momiji : Vous étiez si forte
que ça ? Sakura : Avant Shinji, aucun élève n'avait réussi à me faire
tomber. Mon père fut plus qu'étonné en reconnaissant mon adversaire.
Flash back
Shun : Et bien Shinji, on dirait que tu cachais bien ton jeu, ou alors
ma fille est un meilleur professeur que moi. Shinji : Il y a un peu
des deux senseï Jubeï. Shun : Sakura, je veux qu'à présent tu
t'occupes de la formation de Shinji. Sakura : Bien père.
Le présent
Momiji : Est ce que vous avez tenu la parole que vous aviez donnée à
Shinji ? Sakura : Bien sûr ! Mais il a refusé. Il m'a expliqué que
s'il ne faisait aucun effort, c'était en signe de protestation envers son père
qui l'avait inscrit de force dans le dojo. Je lui racontais alors la discussion
que j'avais surprise entre nos paternels. Il s'excusa en me disant qu'il ferait
tout pour rattraper son retard. Cependant, il remarqua bien vite que lors de
notre première confrontation je ne m'étais pas battue à fond. Il a eu du mal à
résister à mes assauts mais il a tenu bon jusqu'à la fin de la journée. Mon père
est ensuite venu le voir et lui a proposé de suivre une formation plus poussée.
Momiji : Qu'entendez vous par "plus poussée" ? Sakura : Ça
consiste à rester une heure de plus au dojo ainsi que venir le dimanche. De
plus, les cours supplémentaires sont dispensés par ma mère. Comme elle est un
peu plus agressive que lui, il choisit toujours des élèves ayant une très bonne
défense. C'est d'ailleurs le principe même du style de mon père, il l'a nommé le
"rolling défense". Momiji : Y avait il beaucoup d'élèves dans ce cour
renforcé ? Sakura : A cette époque, Shinji fût le seul à en
bénéficier. Il y a bien eu Osamu Naka mais il avait déjà déménagé depuis trois
ans. Momiji : Je suppose que vous participiez aussi à ces
entraînements. Sakura : C'est exact, en plus la présence de Shinji
m'a permis d'apprendre à modérer mes efforts. Car pour tenir tête à mes parents
il fallait que je donne tout ce que j'avais dans le ventre. Je ne les ai
d'ailleurs jamais battus. C'est lors de ces cours particuliers qu'une solide
amitié s'est forgée entre Shinji et moi. Cela se ressentait dans la façon de
nous battre. Momiji : C'est à dire ? Sakura : Et bien au
début, nous gardions nos distances, les assauts étaient brefs et consistaient
surtout à projeter l'adversaire au sol. Mais à mesure que Shinji progressait les
combats duraient plus longtemps et étaient plus physiques. En six mois, il était
devenu mon égal. Nous pouvions combattre près de trois quart d'heure sans que
l'un ne prenne l'avantage sur l'autre. Quand l'entraînement cessait, nous nous
amusions à compter nos bleus, à parier sur le vainqueur du prochain combat ou
même à parler de tout et n'importe quoi. Momiji : Quels étaient vos
rapports hors du dojo ? Au lycée par exemple. Sakura : Shinji
n'allait pas a mon lycée, ses parents ou plutôt son père, l'avait inscrit dans
une école privée. Nous ne nous sommes jamais vu hors du dojo. Momiji
: Votre amitié était du genre "virile" si je puis m'exprimer ainsi.
Sakura : Je n'ai moi-même jamais trouvé une meilleur définition à
notre relation à ce moment là. Mais au bout d'un moment, j'ai remarqué que
quelque chose changeait. Je devenais de plus en plus distraite, je prenais plus
de coups mais ça ne me gênait pas. Au contraire, je ressentais une sorte de
plaisir et lorsqu'il parvenait à m'empoigner je perdais tout mes moyens et me
laissais mettre à terre. Il m'a fallu deux semaine pour que je me reprenne et
fasse abstraction de ces nouveaux sentiments. Momiji : Vous ne saviez
pas encore qu'il était homosexuel ? Sakura : Non, en fait, je pensais
qu'il ressentait la même chose et qu'il était comme moi trop timide pour le
dire. Je n'ai appris la vérité que (sanglot) que ce jour là. Je n'avais pas
dormi de la nuit, il était venu pour me voir afin de me confier un secret.
(sanglot) J'était certaine qu'il allait me faire sa déclaration. Quand il m'a
avoué qu'il était gay, je l'ai très mal pris, j'ai eu l'impression que le monde
s'écroulait autour de moi. Et lorsqu'il m'a demandé si il devait se confier à
ses parents, (sanglot) je lui ai dit oui en sachant qu'ils le prendraient mal.
C'est moi qui l'ai envoyé chez lui, c'est moi qui ai tué Shinji.
Momiji : Est, est ce que vous l'aimiez ? Sakura (en
sanglotant) : Non, je ne l'aimais pas, je l'aime, je l'aime toujours. Même en
sachant ce qu'il est, je l'aime. Je l'aime et je lai envoyé à la mort. Je l'aime
et je n'ai rien pu faire pour le sauver. Je l'aime et je ne pourrai jamais plus
aimer.
Sakura se mit à pleurer tout son soûl. Momiji arrêta l'interview un instant
car elle sentait aussi les larmes lui monter aux yeux. Shiguéru était dans le
même état ainsi que le patron du café. Lorque Sakura sembla calmée, elle décida
de reprendre. Momiji : Puis je savoir pourquoi vous vous êtes rendu
chez lui ? Sakura : Mon père avait surpris notre conversation, il a
mis en garde Shinji à propos de ses parents et lui a révélé mes véritable
sentiments à son égard. Il est ensuite venu me voir pour me mettre au courant de
son action et m'a conseillé de livrer moi aussi un grand secret à Shinji.
J'étais venue lui livrer mon plus grand secret. Mais il ne le saura jamais,
personne ne le saura jamais. Momiji : Mademoiselle Doki, je vous
remercie pour cette interview. Mais ne vous en faites pas, vous êtes jeune et
belle, vous trouverez sûrement quelqu'un d'autre. Sakura : Ou
quelqu'une qui sait ?
Momiji fit signe à Shiguéru d'arrêter la caméra. La dernière réflexion de
Sakura l'avait troublée, elle n'avait décelé aucune trace d'ironie. Les deux
journalistes partirent laissant Sakura seule un instant. Le patron lui offrit un
café. Sakura accepta bien qu'elle aurait préféré un chocolat. En sortant,
elle sentit une sensation bizarre. Elle ouvrit machinalement la bouche et se mit
à rire. Elle n'avait plus ri depuis la mort de Shinji. Sakura : Ça
commence déjà à faire effet, décidément, je ne supporte pas attendre.
Après cette réflexion, Sakura se mit à rire de nouveau.
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