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Julian
Solo
Cela faisait déjà quelques mois que Sorente et moi-même
avions entrepris ce voyage dans le monde. Nous sommes à présent au début du
mois de mai et nous venons de passer la frontière française menant en Suisse.
Nous y faisons une simple étape de passage, une sorte de détour en fait par
rapport à notre véritable but. Donc, j’avoue que rien ne nous obligeait d’y
passer. Cependant, Sorente semblait assez ravi quand je lui avais proposé ce
détour. J’ignore pourquoi, sans doute des raisons personnelles, en tout cas, je
ne voulais pas le décevoir en changeant d’avis et surtout pour le nombre de
fois où il me l’a rappelé. Donc je me suis résolu à faire un passage en Suisse. Je me demandais alors, et après avoir passé la douane, ce
qui pouvait bien motiver Sorente. Mais je préférais pour le moment être
attentif à la route et ne pas me distraire en loupant un virage ou encore ne
pas voir un piéton. L’air de rien, cela demande beaucoup d’attention pour
conduire surtout sur de pareilles routes avec autant de virages. Vraiment, j’étais étonné que Sorente connaisse la route à
suivre, mais je restais quand même de plus en plus sceptique en voyant que nous
nous éloignions de plus en plus de la civilisation.
Julian : Dis-moi Sorente, es-tu certain de la
route que nous suivons ? Sorente : heu… oui…
Je n’aimais pas trop ce « oui » hésitant, il me
paraissait assez suspect ou même ignorant. Cela m’inquiéta quelque peu. Je
continuais cependant à suivre ses instructions sans trop me poser de questions.
Sorente
Cela faisait un bon moment que je n’étais revenu en Suisse,
il faut surtout dire que je ne suis pas vraiment venu souvent, je n’ai pas
l’impression de reconnaître les routes à prendre ; et les panneaux
indicateurs, comme je m’en souviens, n’ont jamais été très précis et ne le sont
d’ailleurs toujours pas, c’est vraiment agaçant. Finalement, j’ai dû me rendre à l’évidence, j’étais
complètement perdu. Nous venions alors de pénétrer dans un petit village où
Julian décida de faire une halte en voyant un supermarché. Il est vrai qu’il
était deux heures de l’après-midi et que nous n’avions rien mangé d’autre que
le petit-déjeuner de ce matin. Cela me donna alors l’occasion de me renseigner sur ma
destination pendant qu’il allait faire des courses.
Julian : Je vais enfin pouvoir manger quelque
chose !!! Je me demande d’ailleurs ce qu’ils mangent les Suisses ? Tu
m’accompagnes faire des achats Sorente ? Sorente : Non, si vous ne voyez pas
d’inconvénients, je préfère prendre un peu l’air et bouger un peu pour me
remettre les idées en place. Julian : D’accord, c’est comme tu veux !
Mais dans ce cas, on se retrouve ici auprès de la voiture à 15h00 ! Sorente : Oui !
Je sortis alors de la voiture en prenant à mon habitude ma
flûte traversière, je ne pouvais vraiment pas m’en passer à vrai dire. Cela
semblait d’ailleurs attirer pas mal de regards à mon sujet. J’avais hâte, malgré mon petit mensonge envers Julian, de
retrouver le bon chemin avant qu’il ne se rende compte que je m’étais perdu
dans les dernières directions à prendre.
Julian : Juste une dernière chose Sorente !
Cette interpellation ne me disait rien de bon, je ne sais
trop pourquoi mais j’avais un peu peur qu’il découvre mon manque d’orientation.
Il sortit à son tour de la voiture en même tant que je me tournai en sa
direction afin d’écouter ce qu’il avait à me dire.
Julian : S’il te plait, arrête de me vousoyer,
nous nous connaissons assez pour nous tutoyer.
Ouff, je me sentais soulagé, ce n’était que de cela qu’il
voulait me parler.
Sorente : Je vous vousoie encore ? je ne
m’étais pas remarqué. Julian : Allons bon, tu ne perds donc jamais
cette habitude ? fais un petit effort au moins. Sorente : D’accord, j’essaierai comme vous me le
demandez. Julian : Il y a pas mal de boulots encore à ce
que je peux entendre.
Il faut dire qu’il n’avait pas tort, je n’arrivais pas du
tout à ma faire à l’idée de le tutoyer, sans doute parce que je vois encore en
lui, mon Empereur Poséidon.
10 minutes plus tard, dans un petit magasin se trouvant à côté d’une
station d’essence
Caissière
Depuis ce matin, il n’y a vraiment pas beaucoup de monde, ou
plutôt devrais-je dire qu’il n’y a eu personne, c’est vraiment ennuyant. Mais soudainement en me lamentant, j’entendis quelqu’un
entrer, je croyais presque rêver. Il s’agissait d’un jeune homme bien habillé
avec des cheveux mauve et des yeux étonnamment rouges, il était légèrement
bronzé et il tenait une flûte aux reflets dorés. Voilà un bien joli oiseau,
c’est sûr qu’il ne venait pas du tout du coin, cela me faisait plaisir.
Caissière : Que puis-je pour vous jeune
homme ? Sorente : C’est pour un renseignement,
pouvez-vous m’indiquer la route qui mène à Porrentruy ? Caissière : Oui ! Avez-vous une carte de la
région pour que je vous montre le chemin à suivre ? Sorente : Non, je n’en ai pas ! Caissière : Vous êtes un drôle de touriste
vous ? voyager sans carte, il faut le faire. Sorente (quelque peu embarrassé) : C’est vrai,
c’est pas très malin de ma part. Mais je m’en passerai, pouvez-vous juste me
dire qu’elle est la route la plus rapide pour y aller ? Caissière : Oui, il y a l’autoroute, vous pouvez
la prendre à trois kilomètres à la sortie du village et cela vous prendra une
heure de trajet jusqu’à Porrentruy.
Voilà, je venais de le renseigner, mais comme j’avais besoin
de conversation, je me mis à un peu l’interroger avant qu’il ne décide de me
dire merci et au-revoir.
Caissière : Au fait, êtes-vous en voyage
touristique ou en voyage musical ? Sorente : Pourquoi donc en voyage musical ? Caissière : Vous portez une flûte ! c’est
ce qui m’a fait penser cela. Vous êtes virtuose ?
14h30 dans le supermarché
Julian
Ce supermarché n’était pas bien grand et ne vendait que de
la nourriture et autres produits ménagers. Il n’y avait pas de plats déjà
préparés, à part de très suspects sandwiches dont on pouvait à peine remarquer
les deux fines tranches de pain qui contenaient entre elles une mixture faite
en grande partie de mayonnaise. Je me dirigeai alors loin de ces horreurs pour aller au
rayon des pains. Là, c’était bien plus agréable, l’odeur donnait vraiment
envie, surtout qu’il y avait des tresses au beurre qui venaient à peine d’être
sorties du four. Je n’hésitai alors pas, j’en pris deux, elles serviront à nous
faire de BONS sandwiches. Il était bientôt 15h00, je pris donc en vitesse quelques
ingrédients pour nos sandwiches : des tranches de salami, de jambon, des
boîtes de thon, quelques tomates, de la moutarde, des cornichons et pour finir
je pris du gruyère, un fromage typiquement suisse. Cependant, une fois à la caisse, j’avais l’impression
d’avoir oublié quelque chose d’important que je voulais à tout prix acheter,
J’avais beau me creuser la cervelle, je ne parvenais plus à m’en
souvenir ! Tant pis, ça ne devait pas être quelque chose de si important
que ça puisque je ne m’en souvenais plus. De toute manière je n’ai plus
beaucoup de temps, il était à présent 15h00.
Sorente
J’étais revenu auprès de la voiture un peu avant l’heure. Si
je n’avais pas fait attention, je crois bien que cette caissière m’aurait
retenu d’avantage. Je m’étais adossé à la voiture en attendant l’arrivée de
Julian. Je ne sais trop pourquoi mais je me sentais très à l’aise
depuis un moment, j’appréciais ce soleil brillant et la chaleur qu’il
dégageait, et l’air qui était agréable à respirer, ainsi que le chant des
oiseaux qui…
Julian (très joyeusement) : Alors
Sorente ?! ça t’as fait du bien de prendre l’air ? Sorente : … Julian (s’approchant de Sorente) : Hé
oooooooooooH ! La terre appelle Sorente ! Sorente (surpris) : Quoi ?!
Comment ? Que se passe t’il !!!??? Julian : Monsieur était en train de rêvasser. Sorente : Excusez-moi Julian, je ne vous avez
pas vu arriver. Julian : Je trouve que tu as l’esprit un peu
ailleurs depuis quelque temps. Sorente : Vous en êtes sûr ? Julian : Assez pour savoir que depuis quelques
jours tu as fait pas mal de fois cramer notre dîner ; que tu avais fermé
toutes les portes de la voiture alors que les clefs étaient encore à
l’intérieur ; que tu avais plusieurs fois oublié de prendre la monnaie à
la caisse ; et par dessus tout, tu as réussi une fois à perdre ta flûte
traversière. Et bien évidemment je ne parle pas de la fois où tu as pris le sucre
au lieu du sel pour la soupe de hier soir. Sorente (assez confus) : C’est… que… à vrai
dire… je… Julian : En plus, je te rappelle que tu as
oublié d’acheter une carte par précaution pour notre détour en Suisse, et ce
depuis une dizaine de jours. Sorente : Je ne sais que dire… C’est un oubli. Julian (un peu sceptique) : En fait, je crois
bien que c’est depuis le jour où je t’ai annoncé notre étape en Suisse que tu
as la tête ailleurs. Sorente : Comment ça !?, qu’est-ce
que vous insinuez par là !!? Julian : En fait, je suis à présent certain que
tu avais une bonne raison pour insister à faire ce détour. Sorente (vexé) : Qui ?! Moi ?! Vous
avez vraiment de drôles d’idées Julian. Julian : Hummmm….Dans ce cas, tu ne vois pas
d’inconvénients à ce que nous partons de suite de la Suisse ?! Sorente : Comment ça, il en est pas
question !!! Julian (avec un sourire au coin) : Et pourquoi
donc ? Sorente : Parce que.. !! Julian : Mais encore… ? Sorente : Cela me concerne, vous n’avez pas à le
savoir ! Julian : Pourquoi ne rien me dire, ne serai-je
pas digne de ta confiance ??!! Sorente : C’est personnel !! Ce n’est pas
une histoire de confiance !
Non mais, il n’est pas question qu’il sache mes raisons,
c’est personnel, point final.
Julian
Je dois bien avouer qu’il m’était donné très rarement de
voir mon ami Sorente en colère, je me suis donc vite résolu à ne pas insister
de connaître ses raisons pour le moment. Je découvrirai bien ce qui l’a amené en Suisse, mais pour
cela, il va falloir faire preuve de subtilité. Après cette petite chamaillerie, au lieu de manger en route
dans la voiture, nous sommes allés dans un petit parc agréable que Sorente
avait repéré tout à l’heure pendant que je faisais des achats. Nous nous sommes assis sur un banc qui était à côté de
buissons en fleurs ainsi que sous un arbre. Je me sentais à mon aise en
respirant un grand coup et en m’allongeant presque sur le long du banc.
Sorente : Qu’avez-vous acheté de bon Julian pour
notre dîner ? Julian : Des tresses et des ingrédients pour faire
des sandwiches. Sorente : Quels sont donc ces ingrédients ? Julian : Alors nous avons : des cornichons,
du gruyère, des tomates, du jambon, du salami, de la moutarde et deux boîtes de
thon. Sorente : Des boîtes de thon ?? pourquoi
vous avez achetez cela ? Julian : C’est très bon le thon, c’est du
poisson, c’est bon pour la santé ! Pourquoi tu me dis ça ? Tu n’aimes
pas le thon ? Sorente : Non, c’est pas que j’aime ou que
j’aime pas, mais pourquoi avoir acheté des boîtes de thon alors que nous n’avons
plus d’ouvre-boîtes ? Julian : ……….heu…….bonne question… c’est vrai
que l’ouvre-boîte que nous avions c’est cassé par usure sur une boîte de
pêches. Sorente : Disons plutôt qu’il s’est cassé parce
que vous aviez forcé dessus. Julian (un peu gêné) : Hummm, possible possible….
5 minutes plus tard dans le même supermarché
Caissier : Bonjour Monsieur ! Vous êtes
revenu acheter quelque chose que vous avez oublié ? Julian : Oui en quelque sorte… un
ouvre-boîtes !!
Pendant ce temps, dans le parc
Sorente
En attendant que Julian revienne avec un ouvre-boîte, je me
mis à faire des sandwiches et je commençai à en manger un avec régal.
Bizarrement, j’avais l’impression qu’il manquait quelque chose comme
ingrédient, de la salade en fait, Julian a sans doute dû omettre cela, ça
m’étonne d’ailleurs de sa part, c’est habituellement un aliment qui lui tient à
cœur. Tant pis, je m’en passerais pour cette fois, j’ai trop envie d’arriver le
plus tôt possible à Porrentruy.
A 17h00, sur l’autoroute
Julian
Cela faisait bientôt une heure que nous étions sur
l’autoroute et pour passer le temps, nous écoutions de la musique. Mais même si
j’étais très attentif à la route, je pouvais néanmoins constater que Sorente
n’était pas bien bavard depuis notre repas de tout à l’heure. Il était très
pensif et autant dire complètement en train de rêvasser. Je me suis donc permis
de le sortir de ses nuages pour discuter un peu et surtout pour découvrir ce
qui le rendait comme ça, j’allais donc commencer mon opération subtil pour connaître
ses raisons à vouloir faire ce détour en Suisse.
Julian : Sorente ! Nous allons bientôt
arriver à Porrentruy d’ici un quart d’heure. Sorente : … Julian : Hé oooooooH !! Sorente m’as-tu
entendu !? Sorente : Quoi ? que ? Qu’est-ce que
vous avez dis ? Julian : Je dis simplement que nous sommes
bientôt arrivés ! Sorente (content) : C’est super ! J’ai hâte
que nous y soyons ! Julian : Je suis content que cela te fasse
plaisir. Sorente : Je vous remercie. Julian : Tu connais donc bien cette ville de
Porrentruy ? Sorente : La connaître très bien, n’est pas
vraiment le terme que j’aurais employé, mais disons que j’y suis déjà allé
quelque fois, 5-6 fois si je m’en souviens bien, je la connais donc un peu. Julian : Comment avez-vous connu cette ville ? Sorente : En fait c’est que je conn…. Je ne sais
plus trop en fait, sans doute parce que j’y suis allé une fois lors d’un voyage
étant petit. Julian : D’accord, je comprends mieux à présent.
Raté et archi-raté, j’ai presque failli connaître ses raisons.
Il a beau me dire ce qu’il vient de me dire, je sais que c’est un mensonge.
Vraiment c’est très énervant, il avait commencé sa phrase très honnêtement et
pouf ! il l’a changée en me disant complètement autre chose. En tout cas, une chose est sûr à présent, c’est qu’il
connaît quelque chose ou quelqu’un qui est à Porrentruy qu’il semble vouloir
revoir… ! Mais à présent faut-il savoir qui ? ou quoi ?
J’enrage d’envie de pouvoir élucider ce mystère.
Sur le moment je n’insistai pas, je sentais bien que Sorente
allait se méfier dès à présent.
17h20 à l’entrée de Porrentruy
Sorente
Nous voilà enfin arrivés à Porrentruy, j’étais vraiment très
content. Une fois dans la ville, dans un hôtel, nous avons réservé
une chambre pour la nuit. Après quoi, après la proposition de Julian, nous avons
décidé de visiter la ville chacun de notre côté et de se retrouver au plus tard
à 21h00 à l’hôtel. Pour ma part, cela m’arrangeait qu’il ne m’accompagne pas,
je pouvais ainsi faire aisément ce que j’avais prévu de faire depuis quelque
temps.
Julian
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