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Chapitre 2 : Une découverte stupéfiante
Un mois plus tard
Lorsque le soleil se leva,
il illumina la chambre dans laquelle Kentaro se trouvait. Le petit garçon
cligna des yeux deux ou trois fois, puis s'étira en bâillant bruyamment. Il se
leva de son lit en songeant:
"Alors, si...si je
me souviens bien, c'est aujourd'hui que va commencer mon périple de six
ans!"
En effet, l'avant-veille,
lui et ses 99 camarades avaient été réunis dans la cour de la fondation, à
l'initiative de Tatsumi, qui leur avait annoncé sobrement:
"Veuillez m'écouter,
s'il vous plait. Je viens de parler au créateur de cette fondation, monsieur
Mitsumasa Kido, et il m'a confirmé que, dans deux jours, vous seriez réunis de
nouveau dans cette cour pour connaître la destination de votre entraînement de
chevalier. Vous serez envoyés aux quatre coins du globe, mais il n'est pas du tout
sûr que vous reveniez tous vivants de ce périple. Préparez-vous donc au
pire!"
A ces mots, certains
enfants avaient tremblé, frissonné à l'idée qu'ils pourraient ne jamais revoir
le Japon, d'autres avaient même commencé à pleurer, mais les moqueries de leurs
camarades les plus âgés les avaient freinés dans leur élan. De son côté,
Kentaro, lui, ne s'était pas tracassé outre mesure, il s'était simplement
résolu à cette idée, tout en espérant secrètement qu'il triompherait de tous
les dangers qui pouvaient l'attendre dans son lieu d'entraînement.
Dix minutes après s'être levé de son lit, Kentaro avait fini sa toilette et
s'était rendu dans le réfectoire pour le petit déjeuner. Une fois à table, il
put entendre les conversations de ses camarades. Certains d'entre eux étaient
impatients de partir, car ils espéraient montrer leur force, comme Geki ou Ban,
d'autres voulaient montrer leur valeur à Saori Kido, comme ce lèche-cul de
Jabu, en revanche, certains comptaient profiter de leur périple pour ne plus
jamais revoir la fondation Graad. A l'inverse, certains orphelins avaient une
certaine appréhension, comme un orphelin du nom de Shun. Shun était âgé de sept
ans à peine et était particulièrement rétif à toute forme de violence. Très
sensible, il pleurait souvent face à ses camarades, de sorte que son frère
aîné, un garçon de neuf ans prénommé Ikki, devait souvent s'interposer pour
venir le défendre.
Tout en mangeant, Kentaro
écoutait ainsi les propos tenus par bon nombre de ses camarades, les plus
téméraires comme les plus anxieux, quand il entendit subitement la voix forte
de Tatsumi:
"Le petit déjeuner
est bientôt fini! Rendez-vous dans la cour de la fondation dans deux
minutes!"
A ces mots, Kentaro se
hâta de finir son repas, puis, une minute plus tard, il se leva de table et se
dirigea vers la sortie du réfectoire. Dans sa marche, il fut soudainement interpellé
par une voix familière:
"Alors, Kentaro, t'as
pas trop la frousse de devoir partir à l'autre bout du monde?"
Cette voix, c'était celle
de Jabu, le petit chien de Saori Kido, le fayot de service. Kentaro haussa les
épaules et répondit:
"La ferme, Jabu! Qui
me dit que toi, t'as pas peur, en fait?"
"Moi?! répondit Jabu
d'un ton narquois. Pas du tout, je suis au contraire content de partir, car
quand je reviendrai, je montrerai à mademoiselle Saori que je suis devenu l'homme
le plus fort du monde!"
"Jabu, t'es vraiment
qu'un sale fayot vantard!"répliqua Kentaro avec mépris.
Ulcéré, Jabu serra les
poings et dit:
"Quoi? Attends un
peu, Kentaro, je vais t'apprendre à me manquer de respect!"
"Dites donc, vous
deux, vous feriez mieux d'avancer au lieu de vous chamailler!"
C'était Tatsumi qui était
intervenu. Le fidèle serviteur de la dynastie Kido devait regrouper les cent
orphelins dans la cour pour le jour J, et il n'avait pas du tout envie de
perdre du temps:
"Je vous signale que
je dois rassembler 98 autres gamins comme vous, alors ne me faites pas perdre
de temps, et allez dans la cour, sans discuter!"
Le ton fort et ferme de
l'ancien 3ème dan de kendo avait fini par raisonner Kentaro et Jabu, qui se
décidèrent à mettre fin à leur querelle de mauvaise grâce et à se rendre dans
la cour pour connaître leur destination future.
Deux minutes plus tard,
tous les orphelins se trouvaient dans la cour, au milieu de laquelle il y avait
une estrade. Les cent orphelins devinèrent que Tatsumi devait certainement y
prendre place, pour leur annoncer les instructions données par le magnat
Mitsumasa Kido. Une trentaine de secondes plus tard, Tatsumi arriva effectivement,
ce qui ne surprit nullement les cent pensionnaires de la fondation. En
revanche, ils furent surpris par l'urne qu'il tenait dans ses bras. Le valet de
Kido dit alors:
"Le moment est venu
pour chacun de vous d'aller suivre son entraînement de chevalier aux quatre
coins du monde. Vous allez tirer chacun à votre tour un papier sur lequel sera
inscrite votre destination. Si jamais vous aviez la chance de survivre à cet
entraînement qui durera environ six ans, il vous faudra alors revenir au Japon
avec l'armure que vous aurez remportée, et monsieur Mitsumasa Kido vous donnera
de nouvelles instructions. Trêve de bavardages, à présent, veuillez tirer au
sort!"
Que ce fût la fierté ou la
crainte qui habitait le coeur des orphelins, chacun dut toutefois tirer au sort
un papier sur lequel était marqué le nom d'une partie du monde. Kentaro, par
curiosité, avait tendu l'oreille, s'intéressant notamment aux orphelins qu'il
connaissait, de près ou de loin, quand Tatsumi énonçait leur nom avec leur
destination:
"Jabu ira à Oran, en
Algérie."
"Lèche-cul va donc
aller dans les terres arides du Maghreb? Je lui souhaite de rentrer avec la
gorge sèche, pour ne plus l'entendre fayoter auprès de Saori!"
"Shiryu ira aux Cinq
Pics, en Chine."
"Il a de la
chance, lui, il n'ira pas bien loin!"
"Nachi ira à Bomi
Hills, au Libéria."
"C'est ce qui
s'appelle voir du pays! Il peut bien le faire, c'est monsieur Kido qui paie
tous les frais!"
"Seiya ira à Athènes,
en Grèce."
"Et encore un qui
sera bien dépaysé!"
"Geki ira dans les
Rocheuses, au Canada."
"Tant mieux pour
lui! Dans les Rocheuses, il pourra faire de l'escalade pour maigrir!"
Ensuite, Kentaro entendit
les noms d'une dizaine d'orphelins qu'il connaissait à peine ou qu'il n'avait
qu'aperçus dans les couloirs de la fondation. Il remarqua que certains d'entre
eux pleurnichaient parfois à l'idée de devoir partir loin du Japon. Tatsumi,
qui savait que le tirage au sort pourrait prendre du temps, dit d'un ton ferme:
"Que ceux qui
connaissent déjà leur destination aillent préparer leurs bagages! Ne traînez
pas!"
Puis, reprenant le cours
normal du tirage au sort:
"Shun, c'est ton
tour!"
Kentaro vit donc le moins
robuste des orphelins s'avancer timidement vers l'urne, puis en retirer un
papier. Tatsumi annonça aussitôt d'une voix forte:
"Shun ira sur l'Ile
de la Mort!"
A ces mots, tous les
orphelins se mirent à trembler, y compris Kentaro. La perspective de voir le
plus fragile d'entre eux être envoyé dans un endroit qualifié bien souvent
d'"Enfer sur Terre" ne les réjouissait nullement. Se souciant peu de
leurs états d'âme, Tatsumi s'avança alors vers Shun et lui décrivit ce qui
l'attendait là-bas:
"C'est l'enfer!
Située au coeur de l'Océan Pacifique, juste sous l'équateur, le sol de cette
île te brûlera les pieds et les pluies qui y tombent continuellement te
rongeront la peau! De ceux qui y ont été envoyés avant toi, aucun n'est jamais
revenu!...Enfin, certains sont revenus, mais...ils n'étaient plus tout à fait
les mêmes, hé, hé, hé..."
Ce fut alors que Kentaro
entendit une voix un peu plus mature que celle des autres orphelins demander à
Tatsumi d'être envoyé sur l'Ile de la Mort à la place de Shun. Cette voix
n'était autre que celle d'Ikki, frère aîné de Shun. Tatsumi commença à
protester, mais Ikki, dont le tempérament était audacieux, répliqua en
rappelant au serviteur de Kido que son maître voulait que l'armure soit ramenée
au Japon, et donc que celui qui la remporterait n'avait que peu d'importance.
Quelque peu embarrassé, Tatsumi finit toutefois par céder.
Kentaro, comme tous ses
camarades, avait suivi attentivement la scène et s'était mis à penser:
"Shun a bien de la
chance d'avoir un frère aussi courageux et protecteur qu'Ikki! En fait, il a
bien de la chance d'avoir un frère aîné, tout simplement! Je n'ai personne pour
me protéger, comme les autres orphelins qui se trouvent ici, d'ailleurs! Quel
dommage!..."
Le petit garçon fut
brusquement interrompu dans ses réflexions par la voix de Tatsumi, qui
indiquait que le tirage au sort avait repris après l'incident:
"Ichi ira au Lac
Holts, en Finlande!"
"Ban ira au Kilimandjaro, en Tanzanie!"
Cette dernière annonce fit
sourire Kentaro:
"Il parait que
cela fait 4000 mètres d'altitude! Comme ça, il en profitera pour perdre du
poids comme Geki!"
Mais la voix de Tatsumi
ramena brutalement Kentaro sur Terre:
"Kentaro, c'est ton
tour!"
A ces mots, Kentaro
s'avança lentement, le coeur battant, vers l'estrade où l'urne l'attendait.
Tout en marchant, il se tortillait les mains, visiblement anxieux. Bien qu'il
sût qu'il avait échappé à l'enfer sur Terre, en l'occurence l'Ile de la Mort,
qui avait été choisi délibérément par Ikki, il ne pouvait s'empêcher de
ressentir une certaine appréhension, comme la plupart de ses camarades,
d'ailleurs. Finalement, au bout de dix secondes, il parvint en haut de
l'estrade, où Tatsumi l'enjoignit de tirer un papier au hasard. Une tâche dont
Kentaro se dépêcha d'exécuter, car il craignait la voix forte du serviteur de
la dynastie Kido. De sa main droite, entre le pouce et l'index, il prit un
papier, et le retira de l'urne. Tatsumi se chargea d'informer ses camarades sur
le lieu d'entraînement choisi par le petit garçon:
"Kentaro ira au
fleuve Onon, en Mongolie!"
Apparemment, ce lieu ne
comportait pas de dangers particuliers, car l'annonce ne suscita pas l'émotion
causée dans la masse lorsque Shun avait tiré le papier comportant le nom
"Ile de la Mort". Kentaro poussa alors un soupir de soulagement,
quand il entendit Tatsumi lui dire d'un air moqueur:
"Hé, hé, hé...Si
j'étais toi, petit, je ne serais pas autant rassuré..."
Intrigué, Kentaro lâcha:
"Que...Que
voulez-vous dire?"
Tatsumi répondit
laconiquement:
"Je l'ai pourtant dit
au début; il est fort probable que vous ne reveniez pas tous au Japon...A
présent, descends de là, il en reste encore beaucoup qui doivent tirer au sort
leur destination..."
Kentaro préféra ne pas
discuter et s'exécuta, laissant le champ libre à ses autres camarades. Durant
le reste du tirage, il ne se passa pas grand-chose, si ce ne fut que Shun tira
de nouveau au sort et tomba sur l'Ile d'Andromède, une île située dans l'Océan
Indien, et dont les conditions climatiques étaient particulièrement
rigoureuses. Cependant, comme Shun ne savait rien de cette île et qu'Ikki était
parti dans sa chambre préparer ses bagages, il n'y eut pas de nouvelle
polémique. Finalement, dix à quinze minutes plus tard, le tirage au sort prit
fin. Et ce fut à Tatsumi que revint la conclusion de cette étrange cérémonie:
"Très bien. A
présent, vous connaissez tous l'endroit où vous devrez vous rendre pour pouvoir
devenir un chevalier sacré. Comme je vous l'ai signalé au début, il est fort
possible que vous ne reveniez pas tous au Japon au bout de ces six années
d'entraînement. Par conséquent, vous ne devrez compter que sur vous-mêmes pour
vous en sortir! Au bout de six ans, nous verrons bien lesquels d'entre vous
sont devenus des hommes! Nous vous avons répartis en cinq groupes de taille
inégale, par ordre alphabétique, selon le nom de votre mère! Demain, à dix
heures, un bus ira chercher les membres du premier groupe, puis un bus viendra
tous les deux jours, jusqu'à ce que tous les orphelins soient partis de la
fondation Graad! Je vais énoncer les noms ouvrant et fermant les groupes, alors
ouvrez bien vos oreilles!"
En quinze secondes,
Tatsumi énonça les noms qui servaient de bornes aux groupes, rangés par ordre
alphabétique. Kentaro, en écoutant ces noms, comprit rapidement qu'il serait
dans le premier groupe...et donc qu'il devrait partir demain, à dix heures,
vers la Mongolie.
Lorsque le soir vint, et
avec lui le couvre-feu, Kentaro se coucha dans son lit en regardant le plafond.
Mais cette fois-ci, il n'était pas dans le même état d'esprit où il se
trouvait, il y a un mois:
"Demain, c'est
donc le grand jour...Je m'envolerai donc pour la Mongolie, où je m'entraînerai
pour devenir l'un de ces chevaliers sacrés dont on parle tant! Tatsumi m'a dit
de ne pas m'extasier sur le fleuve Onon, mais bon, lui, il restera bien au
chaud dans la fondation Graad! Moi, je serai présent sur le terrain, je me
battrai de toutes mes forces, et je reviendrai au Japon avec une armure sacrée!
J'ai beau être le plus jeune des cent orphelins, je suis sûr que je montrerai
ma valeur! Et alors, Saori, son grand-père et Jabu, ils seront bien
dégoûtés!"
L'idée de voir la surprise
sur les visages des trois personnes pour lesquelles Kentaro avait le moins
d'estime suffisait à le rendre heureux et dispos pour le sommeil. Aussi cinq à
dix minutes plus tard, le petit garçon tomba dans les bras de Morphée.
Le lendemain, Kentaro fut
réveillé vers huit heures par la voix forte de Tatsumi:
"Kentaro, dépêche-toi
de te lever! Tu dois avoir quitté la fondation à dix heures précises!"
Le petit garçon bâilla une
fois ou deux, puis se décida à quitter son lit. Il se dirigea alors vers le
réfectoire, où certains de ses camarades prenaient déjà leur petit déjeuner. Il
vint s'asseoir entre Nachi et Ichi, qui le saluèrent:
"Salut, Kentaro! Tu es
prêt à partir?"demanda Nachi.
Kentaro répondit avec un
sourire large:
"Plus que jamais!
Vous pouvez pas savoir à quel point je suis heureux de me casser d'ici! Ne plus
revoir Saori et son grand-père, c'est ce que j'attendais depuis
longtemps!"
Ichi précisa:
"Euh...Kentaro, si
j'étais toi, je m'emballerais pas autant...N'oublie pas que, si tu survis à
l'entraînement, au bout de six ans, tu devras rentrer au Japon!"
Ce brutal rappel des faits
fit un peu retomber l'enthousiasme dans lequel Kentaro était plongé depuis un
bon moment; il ne put que répondre:
"Euh...Ben oui...Mais
bon, ça va durer six ans, c'est déjà une bonne coupure, et..."
"Alors, Kentaro, t'as
pas trop peur de partir?!"
Surpris par cette
interpellation, Kentaro se retourna, mais sa surprise fut de courte durée:
"Jabu!"
"En personne,
Kentaro! Pour ma part, je pars après-demain en Algérie, et je compte bien en
revenir avec une armure pour montrer ce que je vaux à mademoiselle Saori! Et
toi, Kentaro, tu pars pour
quelle raison?"
Un peu ébranlé, Kentaro ne
put que répondre en balbutiant:
"Ben...en fait, je
pars pour...pour..."
"Bon, ça va, j'ai
compris, laisse tomber! répliqua Jabu. Je vais pas perdre mon temps avec un
froussard comme toi!"
"Comment?" dit
Kentaro, qui avait commencé à se lever de table.
Nachi se chargea de
l'interrompre dans son élan:
"Laisse tomber,
Kentaro, Jabu n'est qu'un vantard, il ne mérite pas qu'on s'occupe de
lui!"
Kentaro resta debout
pendant trois secondes puis, de mauvaise grâce, il se rassit et commença à
manger.
Près d'une demi-heure plus
tard, Kentaro se leva de table et partit se laver les dents. Cinq minutes plus
tard, il prit son sac et, se rendant compte qu'il avait une large marge de
temps devant lui, il décida d'aller flâner dans les couloirs de la fondation
Graad, une chose qu'il n'avait jamais pu faire auparavant, car ses journées
étaient occupées la plupart du temps par les leçons des professeurs engagés par
la fondation, les entraînements au combat auxquels il n'échappait pas en tant
que futur aspirant au titre de chevalier sacré, ainsi que les repas quotidiens;
tout cela ne lui laissait guère de temps pour faire autre chose. Aussi,
Kentaro, le sac en bandouillère, monta les marches des escaliers de la
fondation pendant trois minutes, jusqu'à ce qu'il arrivât en face d'une porte.
Kentaro jeta un coup d'oeil à l'écriteau de la porte et vit indiqué en lettres
capitales: MITSUMASA KIDO. Il fut intrigué de se retrouver en face de l'entrée
du bureau du magnat japonais, l'une des deux personnes qu'il détestait le plus
au monde avec sa petite-fille. Subitement, il entendit sa voix derrière le
bureau:
"Alors, Tatsumi,
as-tu suivi mes instructions?"
"C'est exact,
monsieur Kido. D'ici à un peu plus d'une heure, le premier groupe d'enfants
devrait avoir quitté la fondation et tous iront suivre leur entraînement de
chevaliers pendant six ans..."
Le serviteur dévoué de
Kido resta silencieux un bref moment, puis reprit:
"Cependant, monsieur,
il est fort probable que tous ne reviendront pas de ce périple...Je ne sais pas
encore lesquels, mais je pense que seule une dizaine de ces enfants reviendra
au Japon sacrés chevaliers! Et après, votre rêve, monsieur Kido, deviendra
réalité! Dans six ans, le premier tournoi international de chevaliers sacrés
aura lieu et mobilisera les foules!" acheva Tatsumi d'un ton emphatique.
Kido ne fut pas aussi
démonstratif que son serviteur; il se contenta d'ajouter:
"C'est exact..."
De son côté, Kentaro
n'avait pas perdu une miette de la conversation entre les deux hommes. Mais ce
qu'il avait entendu ne l'avait pas vraiment enchanté:
"Un tournoi de chevaliers?
Alors, c'est...c'est pour ça que le grand-père de Saori nous envoie aux quatre
coins du globe? Pour qu'on aille s'entre-tuer six ans après dans des combats?!
Quel monstre!"
Mais Kentaro n'était pas
au bout de ses surprises. Car, dix secondes plus tard, il put entendre de
nouveau Kido s'adresser à son serviteur:
"Tatsumi...s'il
venait à m'arriver quelque chose, j'espère que tu aideras Saori dans la
préparation de ce tournoi...Ce tournoi...Ce tournoi qui s'avérera être comme
une réunion de famille..."
"Que voulez-vous dire,
monsieur?" demanda Tatsumi.
"Tatsumi, ce tournoi
donnera lieu à des combats entre frères...Entre des frères dont le père commun
est en face de toi!"
En entendant ces mots,
Kentaro eut l'impression qu'il avait reçu un coup de poing dans l'estomac, tant
les révélations de Kido l'avaient choqué:
"Non...Entre...Entre
frères...Et...Et Kido...Mitsumasa Kido, il...cet homme infâme est...est donc
notre père? Je suis donc le fils de Mitsumasa Kido et frère de Jabu, Geki, Ban
et des autres? C'est...C'est impossible et...et pourtant, c'est bien ce que je
viens d'entendre! Maudit coup du sort!...Je suis donc le fils d'un homme
égoïste et j'ai 99 frères voués à la servitude ou à la mort?! Pourquoi?
Pourquoi?"
Profondément choqué,
Kentaro décida alors d'errer dans les couloirs, pour réfléchir encore sur tout
ce qu'il venait d'apprendre en quelques secondes. Mais il n'eut néanmoins pas
l'occasion de se lancer dans cette entreprise, car il entendit la porte du
bureau s'ouvrir brutalement, puis une voix forte lui crier:
"Kentaro? Qu'est-ce
que tu fais là?"
Kentaro se retourna
rapidement et aperçut le visage mécontent de Tatsumi, qui répéta sa question:
"Que faisais-tu ici,
Kentaro?"
"Moi? Euh...rien,
absolument rien, je...je me baladais dans les couloirs..."
"Alors, ne traîne
pas, et dépêche-toi d'aller dans la cour, le bus va bientôt venir vous
chercher, toi et les enfants du premier groupe!"
Encore choqué par tout ce
qu'il venait d'apprendre, Kentaro ne put réagir verbalement et descendit dans
la cour de la fondation Graad, où certains de ses camarades d'infortune se
trouvaient déjà. Les plus âgés semblaient excités à l'idée de partir aux quatre
coins du globe, tandis que les visages des plus jeunes semblaient empreints de
crainte ou de larmes. Kentaro était le plus jeune de tous, mais se situait hors
catégorie. La stupeur qui découlait des révélations de Mitsumasa Kido à Tatsumi
ne l'avait pas quitté. Il leva les yeux au ciel et se mit à penser:
"Dans quelques
instants, nous allons partir aux quatre coins du globe...Et alors, nous serons
condamnés à choisir entre devenir les jouets de la fondation ou à mourir! Quel
dilemme! Il n'y a donc pas d'autre solution?..."
Tout à coup, deux coups de
klaxon se firent entendre. Kentaro regarda alors droit devant lui et vit un bus
rouge qui arrivait près d'eux. Dans quelques instants, Kentaro quitterait enfin
la fondation Graad pour se rendre en Mongolie. Le chauffeur du bus descendit de
son véhicule et vint saluer Tatsumi, qui venait d'arriver:
"Bonjour, monsieur
Tokumaru! Est-ce le premier groupe d'enfants que je dois conduire jusqu'à
l'aéroport?"
"C'est exact, ils
seront ensuite séparés les uns des autres et envoyés aux quatre coins du
monde!"
"Ah bon? Et...Et
pourquoi donc?"s'étonna le chauffeur.
"Je ne peux rien vous
dire, répondit Tatsumi, je suis tenu au secret par monsieur Kido...Allez,
montez dans le bus immédiatement!"dit-il d'une voix rude aux enfants.
Une vingtaine de jeunes
garçons prit donc place dans le bus, dont Kentaro. Lorsqu'ils se furent tous
assis, Tatsumi leur cria, d'un ton goguenard:
"Bonne chance et
revenez vite...si vous en êtes capables!" fit-il avec un drôle de sourire.
Le serviteur dévoué de
Kido entendit alors le grondement du moteur et s'écarta ensuite loin du bus. Le
véhicule se dirigea vers la sortie de la fondation, en franchit les portes, et
la quitta définitivement. Durant un trajet de quinze minutes, Kentaro se mit à
réfléchir sur tout ce qu'il venait d'entendre. Il était avec une vingtaine de
ses grands frères, les autres étaient restés dans la fondation. Il était avec
des membres de sa famille, qu'il connaissait pour certains d'entre eux, mais
qu'il n'aimait guère, car ils avaient parfois profité de leur âge pour
intimider le petit garçon. Cependant, depuis qu'il avait appris le secret de sa
naissance, Kentaro estimait qu'ils étaient plus à plaindre qu'autre chose; tous
étaient manipulés par leur père, qui s'était servi d'eux à des fins purement
mercantiles pour l'avenir...à moins qu'ils ne parvinssent pas à survivre à
l'entraînement de six ans qui les attendait tous. Quant à Kentaro, il ne
s'était pas encore fixé sur son avenir:
"Je suis dans une
belle galère! Je ne veux pas mourir, et si je ne meurs pas, il faudra rentrer
au Japon pour satisfaire les caprices de notre père indigne et de sa peste de
petite-fille! Je devrais songer à m'enfuir après être devenu chevalier, mais je
ne sais pas où aller! Mon Dieu, qu'est-ce que je peux faire?"
Finalement, lassé de
toutes ces interrogations, Kentaro appuya sa tête contre la vitre et ferma les
yeux, finissant par s'assoupir. Il n'eut néanmoins guère l'occasion de profiter
de son sommeil, car dix minutes plus tard, il fut réveillé par la forte voix du
chauffeur:
"Tout le monde
descend! Allez, j'ai pas de temps à perdre!"
Kentaro cligna des yeux à
deux reprises, puis, son sac à la main, se leva lentement de son siège, puis se
hâta de descendre du bus. Une fois descendu, il put voir ses camarades se
diriger vers le hall de l'aéroport. Ils partaient vers des destinations
multiples, les voyages étaient au frais du magnat Mitsumasa Kido, leur propre
père. Mais ce devait probablement être la seule fois qu'il se montrerait
généreux à leur égard. Kentaro soupira en y repensant, puis se dirigea vers
l'aéroport. Il pénétra donc dans le hall et y fit quelques pas, lorsqu'il
sentit une main se poser sur son épaule. Intrigué, il sursauta, se retourna et
fut surpris par ce qu'il voyait devant lui.
Devant le petit garçon se
trouvait un inconnu, vêtu d'une cape de couleur vert foncé, dont on ne pouvait
distinguer les traits du visage, car ils étaient masqués par l'ombre.
Kentaro balbutia:
"Qui...Qui
êtes-vous?"
L'inconnu répondit d'une
voix caractérisée par un léger accent venant des pays d'Europe centrale:
"Je t'attendais depuis
dix minutes, petit. Il parait que tu vas être envoyé en Mongolie pour devenir chevalier
sacré, n'est-ce pas?"
"Oui...Oui, approuva
Kentaro, impressionné par son vis-à-vis, sans qu'il ne parvienne à savoir
pourquoi. Excusez...Excusez-moi, je dois y aller, l'avion pour la Mongolie
pourrait bientôt partir..."
L'étranger sourit derrière
sa cape:
"Tu n'auras pas
besoin de prendre l'avion, petit...Je me charge de t'emmener moi-même près du
fleuve Onon, et tu y seras bien plus rapidement qu'en avion!"
Kentaro répliqua:
"Comment?!
Mais...Mais c'est impossible, jamais une personne ordinaire ne pourrait réussir
un tel exploit!"
"Hé, hé,
hé...Visiblement, petit, tu as beaucoup de choses à apprendre pendant ces six
années à venir...Allez, fais-moi confiance, donne-moi la main!"
L'espace d'un instant,
Kentaro hésita. Il leva les yeux vers l'étranger et, bien qu'il ne pût voir son
visage, il sentit néanmoins qu'il n'avait pas de mauvaises intentions. Tout à
coup, le petit garçon sentit qu'une très légère lumière entourait le corps de
l'étranger. Inquiet par ce phénomène inhabituel, il recula de deux pas, avec
une vague envie de courir droit devant lui, mais l'étranger lui dit:
"Petit, fais-moi
confiance...Si tu me fais confiance et si tu ne lâches pas ma main, tu seras en
Mongolie en deux temps, trois mouvements!"
Kentaro regarda une
nouvelle fois l'étranger. Il ne parvenait pas à s'expliquer comment celui-ci
avait pu créer un faible halo de lumière autour de lui, il lui semblait que cet
homme n'était pas ordinaire, qu'il y avait quelque chose qui le distinguait du
commun des mortels. Cependant, d'un autre côté, il sentait que cet homme
semblait être bienveillant, qu'il ne lui ferait aucun mal. Aussi, Kentaro
s'approcha timidement de l'étranger et lui tendit la main. L'inconnu la prit et
lâcha:
"Nous partons en
Mongolie, petit! Cramponne-toi bien à ma main!"
Et, avant d'avoir pu dire
un mot, Kentaro se sentit entraîné à une vitesse vertigineuse; en un centième
de seconde, il avait quitté l'aéroport. Ce fut le départ d'un voyage
extrêmement rapide; l'espace de quelques instants, Kentaro crut apercevoir
furtivement la mer du Japon, il lui sembla même qu'il la traversait avec
l'étranger. De même, à un moment, il crut apercevoir Pékin, capitale de la
Chine, et eut même l'impression furtive que lui et l'étranger étaient passés
au-dessus de la Grande Muraille de Chine. Impressionné par tout ce qui lui
arrivait, Kentaro ferma les yeux et se mit à crier, mais l'étranger ne s'arrêta
pas pour autant. Les cris du petit garçon se firent entendre pendant quinze
secondes, jusqu'à ce qu'il sentît que lui et l'étranger s'étaient brutalement
arrêtés. Trois secondes plus tard, Kentaro ouvrit timidement les yeux et fut
surpris par le paysage qu'il avait devant lui.
C'était un paysage froid
et sec qui se tenait devant Kentaro. Un paysage de steppes glaciales, la flore
était présente, mais peu favorable à accueillir les hommes et la faune ne
semblait pas être très nombreuse ici. C'était un paysage bien différent du luxe
de la fondation Graad, un vent froid et sec soufflait dans la direction de
Kentaro et de son mystérieux accompagnateur. Le petit garçon commença à comprendre
les propos de Tatsumi:
"Si j'étais toi,
petit, je ne serais pas autant rassuré..."
Puis, comme un écho,
Kentaro entendit l'étranger lui dire:
"Hmm...Je pense que
tu as compris que tu ne passerais pas six ans dans un pays de Cocagne,
petit...Il va te falloir beaucoup de courage et de volonté si tu veux pouvoir
quitter la région du fleuve Onon sain et sauf!"
Kentaro regarda en bas et
aperçut le fleuve Onon, un fleuve qui ne devait pas figurer parmi les plus
importants du monde, mais comme le petit garçon savait à peine nager, il eut un
mouvement de recul, ce à quoi répondit l'étranger:
"Petit, il faudra
pourtant que tu apprennes à goûter aux difficultés du fleuve Onon, cela fait
partie de ton entraînement pour devenir chevalier sacré!"
Kentaro se retourna vers
l'étranger et lui demanda:
"Dites-moi...comment...comment
sommes-nous parvenus en Mongolie en si peu de temps?"
L'étranger sourit:
"Petit, je n'ai fait
que me déplacer à mach 5, une vitesse prodigieuse pour le commun des mortels,
mais pas pour le chevalier sacré que je suis!"
A ces mots, Kentaro ouvrit
grand la bouche:
"Vous...Vous êtes
l'un de ces chevaliers sacrés?"
"Exactement...Et
c'est une chance inouïe pour toi que de m'avoir comme mentor, car cela pourrait
te servir à rejoindre le camp des chevaliers sacrés de la déesse
Athéna!...Mais, dis-moi, petit, comment t'appelles-tu?"
Kentaro sourit, puis répondit:
"Je m'appelle
Kentaro, je suis orphelin, je viens du Japon, et l'on m'a envoyé ici pour
devenir chevalier...Et vous, qui êtes-vous?"
En une fraction de
seconde, l'étranger arracha la cape qui le couvrait de la tête aux pieds, la
jeta au sol, et Kentaro put enfin voir le visage de son mentor. Il s'agissait
d'un jeune garçon, qui devait avoir douze ou treize ans, des cheveux noirs ébouriffés
et des yeux vert émeraude. Il portait des vêtements blancs et bleus. Le jeune
garçon livra son identité à son élève:
"Je
me nomme Venceslas, je suis chevalier d'argent de la constellation du
Paon!"
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