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Chapitre 1
Ukraine, 26 avril 2036.
50 ans. 50 ans que le réacteur de
la centrale a explosé. 50 ans que les malheureux vivant aux alentours
supportent les conséquences d'un accident provoqué par la stupidité humaine. 50
ans que l'on s'interroge sur l'avenir de cette terre souillée. 50 ans que les
mutations se multiplient. 50 ans que la vie est devenue folle.
L'officier regardait l'homme
devant lui avec la suspicion de ceux qui dédaignent les civils. « Vous êtes donc journaliste?
Et que venez-vous faire ici ? Tout a été dit sur ce lieu. Alors que
venez-vous faire ici ? » L'homme ne répondit pas, mais se
tourna vers son interprète avec un haussement de sourcil. L'interprète qui
était resté jusque là paralysé d'effroi se rappela soudain qu'il avait une
mission. Il se mit à traduire fiévreusement les propos de l'officier. Au fur et
à mesure des phrases, le sourire de l'homme s'élargit. Quand il répondit, ce
fut avec une pointe de sarcasme - que l'interprète s'empressa de ne pas traduire.
« Je suis ici avec
l'autorisation d'officiers bien supérieurs à vous. Je fais des recherches sur
la transformation de la faune dans les environs. Voulez-vous que je transmette
à vos supérieurs que vous n'avez pas obéi à leurs ordres avec toute la diligence
requise ? Je suis sûr que passer le reste de votre carrière militaire à récurer
les chiottes ne fait pas partie de vos souhaits d'avancement. » Lorsque l'interprète eût fini de
traduire (en prenant soin d'expurger les parties les plus osées...), l'officier
ne répondit pas. Mais la crispation des muscles de ses mâchoires trahissait son
dégoût devant cet homme qui pensait que ces terres étaient ouvertes aux
touristes dans son genre. Il toisa son interlocuteur avec un dégoût profond. Il
le détailla du regard. Devant lui se tenait un homme d’une trentaine d’années,
un peu plus grand que la moyenne, mince, au teint mat et aux cheveux roux.
Combinées à des yeux noirs où brillait une lueur dérangeante et à l’expression
mauvaise de son sourire, il était suffisamment intimidant pour que l’officier
décide de ne pas le provoquer. Sans prononcer un seul mot, il tourna les
talons, faisant simplement signe aux soldats présents de lever la barrière qui
empêchait l'entrée dans le périmètre interdit. L'homme traversa la frontière
invisible, laissant son interprète à côté de la voiture. Il s'arrêta quelques
pas plus loin avant de se retourner, de lancer à l'officier un narquois
'merci!' et de repartir en direction de la central qui se dressait quelques
kilomètres plus loin. Il n'avait pour tout bagage qu'une grande boîte noire
accrochée sur son dos et portant le dessin de deux épées entrecroisées.
Après quelques centaines de
mètres sur la route, l'homme la quitta et s'enfonça dans les bois. La
végétation avait absorbé les radiations et, tout en donnant une impression de
luxuriance, ne pouvait dissimuler son anormalité. Les troncs étaient trop
tordus, les herbes trop touffues, les fleurs trop colorées. Les animaux se
terraient, effarouchés par l'intrusion de cet homme.
Arrivé au centre d'une clairière,
l'homme s'arrêta et posa la boîte qu'il portait sur son dos. Il se
tint au centre de la clairière, attendant quelque chose, guettant un
signe. Les yeux fermés, il laissait ses sens vagabonder, ouvrant ses perceptions
au monde qui l'entourait. Il resta ainsi quelques minutes, le visage vide de
toute expression. Et puis soudainement, un sourire se dessina sur son visage.
Un sourire dépourvu de chaleur, le sourire de quelqu'un qui voit une de ses
prédictions se réaliser mais qui ne le souhaitait pas vraiment. «Ainsi donc, vous êtes toujours
là. Cela fait 20 ans que vous patientez. Mais maintenant, la voie est libre.» Une ombre se détacha du
sous-bois. Une ombre sans forme, une ombre d'une couleur inconnue sur cette
terre, une ombre d'une couleur tombée du ciel... Et l'ombre se mit à parler. Les
mots étaient étrangement déformés comme si cette chose n'avait pas l'habitude
de s'exprimer par des mots. «Oui. Nous sommes toujours là.
Nous sommes venus il y a bien longtemps. Nous avons tenté de nous imposer. Mais
nous avons été vaincus. Exilés. Affaiblis. Emprisonnés dans nos propres corps.
Mais l'heure de la revanche a sonné. Nous nous réveillons de par le monde. Et
cette fois-ci rien ni personne ne pourra nous empêcher de faire cette terre
notre. Ils ne sont plus, ceux qui nous ont combattus. Ils ne sont plus, ceux
qui nous ont vaincus. Alors c'est notre tour de régner. Mais cependant, une
question nous préoccupe. Comment as-tu su que nous étions prêt à revenir? Et
surtout pourquoi venir nous défier alors que tu sais que cet endroit est l'une
de nos forteresses?»
L'homme fixa cette ombre et
répondit d'un ton badin: «Oh, il était facile de savoir où
vous étiez. Vous croyez que celles qui m'envoient ne savent pas que vous êtes à
l'origine de la catastrophe qui a eu lieu il y a 50 ans? Il était logique
qu'avant de tenter de reprendre le pouvoir, vous vous ménageriez un endroit où
vous seriez à même de reprendre des forces. Un endroit comme vous. Un endroit
étranger à ce monde. Mais je ne pense pas qu'il s'agisse d'une forteresse. Je
pense que vous vous êtes déjà dispersé de par le monde. Ceci n'est qu'une base
arrière. Mais j'avais besoin de réponses. Et tu me les as fournies.»
L'ombre resta silencieuse avant
de reprendre, d'une voix où pointait un amusement macabre. «Oh vraiment? Et quelles réponses
as-tu eu?»
«Très simple. Vous avez attendu
cette heure parce que les derniers chevaliers et les derniers Olympiens
réincarnés sont morts. Vous avez bien joué d'ailleurs. Vous avez d’abord tenté
de vous servir des Titans. Mais les chevaliers d’or du sanctuaire se sont
interposés. Et puis vous avez dressé les Olympiens les uns contre les autres,
vous les avez forcé à s'entretuer. Athéna a vaillamment défendu la Terre mais
en fait, elle a joué votre jeu. Les Olympiens ne sont plus. Poséidon a été
vaincu. Vous avez d'ailleurs tué sa réincarnation même si l'âme de Poséidon
était scellée. Arès était parti en premier. Il avait triché avec sa
réincarnation mais il a été vaincu. Hadès n'est même plus en mesure de
ressusciter car son vrai corps a été détruit par Athéna. Et Athéna est morte il
y a un an. Je pense qu'avoir autant combattu a affaibli son cosmos et abrégé
son existence. Quant à ses chevaliers, cela fait longtemps qu'ils ne sont plus
de ce monde. La voie est libre pour vous. Mais du moins n'en profiteras-tu pas.»
Ces dernières paroles restèrent
suspendues dans l'air entre les deux adversaires. L'ombre après quelques
secondes de silence étonné se reprit. «Ne raconte pas n'importe quoi.
Comment veux-tu m'éliminer, toi un simple chevalier? Et d'ailleurs quelle est
ton armure? Je ne crois pas la connaître.»
L'homme fixa l'ombre de longues
secondes avant de répondre. «Tu as bien le droit de savoir
qui t'envoie en enfer. Je suis le serviteur des Moires, porteur de la soma
à la Lame. Je suis celui qui sert le Destin par la violence. Je suis Seth.»
A ces mots, la boîte posée
derrière lui libéra un torrent de lumière qui retomba sur l'homme,
l'enveloppant complètement. Quand elle se dissipa, une armure s'était assemblée
sur l'homme. Noire comme la nuit mais irradiant une lumière froide. Elle
ressemblait à une ancienne armure médiévale. Le casque reprenait la forme générale
d’une tête de chacal, les crocs encadrant le visage de l'inconnu, mais deux
appendices semblables à des cornes empêchait l’identification au charognard du
désert. Aux coudes, deux lames courbées prolongeaient vers l'arrière ses
avant-bras. Seth regarda avec dédain celui
qui était sa proie. «Et maintenant, veux-tu mourir?»
L'ombre, surprise par
l'apparition de l'armure de son adversaire, sembla se ressaisir et, se
condensant, prit une forme plus définie. Une forme plus définie mais non moins
impossible. Des membres se formèrent pour imiter ceux d'un humain. Deux bras,
deux jambes. Mais les mains portaient des griffes et les pieds étaient
plus proches de sabots. Le reste des membres était couvert par des plaques
d'os. A la taille pendaient des tentacules terminés par une bouche semblable à
celle d'une sangsue. Le torse était recouvert de plaques d'os semblables à une
armure. Le visage reprenait la forme de celui d'un humain, mais
les pupilles des yeux étaient fendues verticalement et les dents
avaient toutes la forme de crocs. La chevelure était cachée par un casque reprenant
la forme d'une tête de chien.
L'ombre après sa transformation
s'adressa à nouveau à son adversaire. «Tu vas regretter de t'être mêlé
d'un combat qui te dépasse! Madness Fangs» Elle détendit brusquement ses
bras, fendant l'air avec ses griffes. 10 traînées noires, créées par ce
mouvement vinrent s'abattre sur l'endroit où se tenait le guerrier en
armure, défonçant le sol et le retournant sur plusieurs mètres de profondeur. L'ombre s'esclaffa. « Alors, qu'en dis-tu? Tu ne
viendras pas perturber nos projets! » Mais alors qu'elle riait à gorge
déployée, une voix trahissant un ennui profond s'éleva de derrière elle. « J'en dis que tu devrais
travailler dans l'agriculture comme laboureur parce que comme guerrier tu ne
vaux rien, abruti! » L'ombre, abasourdie, se tut. Le
guerrier derrière elle continua. « Tu sembles avoir oublié que je
peux me déplacer à la vitesse de la lumière. Et que ton attaque atteint à peine
6 fois la vitesse du son. Par contre, elle était bien suffisamment puissante
pour mettre en difficulté la plupart des chevaliers que j’ai connu. Mais tu
n'auras pas l'occasion de la perfectionner. » A ce moment là, l'ombre se remit
de sa stupeur et tenta de se retourner en portant son attaque. Mais le guerrier
fut plus rapide. Il arrêta le bras qui devait porter le coup et brisa d'un coup
de poing le coude, le paralysant complètement. Hurlant de rage et de douleur,
l'ombre tenta de placer une attaque avec l'autre bras. Mais le guerrier se
baissa sous l'arc décrit par l'attaque, et se saisissant du poignet de la créature
le ramena brutalement dans le dos de son adversaire, lui brisant l'épaule dans
le mouvement. Les deux bras inutilisables, la créature tituba en arrière, en
dévisageant son adversaire avec une haine incommensurable. « Mais qui es-tu? » L'homme resta silencieux,
contemplant la créature avec mépris. Puis il recula d'un pas, ramena son bras
en arrière, préparant l'attaque qui allait mettre fin à l'existence de son
adversaire. Seulement alors daigna-t-il répondre. « Je te l'ai dit. Je suis
Seth, celui qui sert les Moires par la violence. Mes semblables et moi, nous
allons reformer les chevaleries détruites par votre faute. Et nous allons vous éliminer.
Vis Immanitarum! » Le bras du guerrier se détendit
et libéra un éclair de lumière qui vint frapper la créature au milieu de la
poitrine. La lumière sembla se fixer sur l'armure avant de devenir de plus en
plus brillante... et d'absorber l'adversaire de Seth. Quand la lumière
disparut, il ne restait qu'un petit tas de cendres vite balayées par le vent.
Seth resta à contempler l’endroit
où s’était tenu son ennemi. Puis, comme s’éveillant, il se mit en route vers la
centrale dont les tours réfrigérantes dépassaient des cimes des arbres. Mais
son chemin s’infléchit lorsqu’il approcha de la centrale. Son but n’était pas
les réacteurs encore en service, mais celui qui avait explosé 50 ans avant. Il
était recouvert d’un sarcophage de béton et d’acier, mince protection qui
pouvait s’effondrer à tout instant, précipitant dans l’atmosphère des tonnes de
poussières hautement radioactives. Alors qu’il approchait du
sarcophage, un mouvement attira son attention. Des soldats venaient à sa
rencontre, l’arme au poing. Son combat avait visiblement attiré l’attention.
Arrivé à l’orée du bois, il s’arrêta. Il restait 500 mètres à parcourir
jusqu’au sarcophage. Les soldats se disposèrent en demi-cercle autour de lui.
L’officier qui l’avait contrôlé à l’entrée se trouvait derrière ces hommes, le
regardant avec un air de triomphe dans son visage. L’officier l’interpella. Son
discours était incompréhensible pour Seth, mais un mot ressortait. Spionie. Espion. Cet imbécile le prenait
pour un espion. Tout d’un coup, Seth éclata de rire. Il était bien ici pour une
mission secrète mais pour le compte de personnes bien plus puissantes et mystérieuses
que des chefs d’Etat. Il savait que cet éclat de rire ne ferait que mettre
l’officier encore plus en colère mais il n’en avait que faire. Il allait lui
montrer qu’il était inconsidéré pour de simples humains de barrer la route aux
serviteurs du Destin. Il laissa son cosmos se développer. Un cosmos sombre,
entaché par tout le sang versé, par toutes les vies prises durant sa très
longue existence. Un cosmos surpuissant égalant celui de bien de ceux qui se
faisaient appeler des dieux. Lui-même n’avait pas cette prétention : il
n’était qu’un serviteur. Mais un serviteur doté de pouvoirs si puissants
qu’il pourrait bien être pour de simples humains un dieu. L’officier le
regardait comme s’il essayait de déterminer ce qui provoquait son hilarité. Et
puis soudain il lança un ordre. Ses hommes épaulèrent leurs fusils et tirèrent.
Les balles s’arrêtèrent à quelques centimètres de Seth avant de retomber au
sol, comme si elles avaient heurté un mur. Ce qui était le cas. Un mur de
cosmos. L’officier répéta son ordre, ses hommes tirèrent à nouveau. Une fois.
Deux fois. A la troisième, Seth en eût assez. Il concentra une partie infime de
son cosmos dans sa main et la tendit en avant. Le demi-cercle des soldats se
rompit, les hommes reculèrent repoussés par une force gigantesque. L’officier
se mit à aboyer ses ordres, mais ses hommes ne pouvaient tenir leurs positions.
Il dégaina alors son pistolet et fit feu. Ses balles s’arrêtèrent comme les
autres. Il vida son chargeur, mais continua à appuyer sur la gâchette comme
s’il pensait tuer Seth avec des illusions de balles. Et puis Seth relâcha son
emprise sur le cosmos qu’il avait concentré dans sa main. Celui-ci se déchargea
brutalement, envoyant les soldats et l’officier bouler, plusieurs mètres en
arrière. Seth traversa le demi-cercle rompu et se dirigea vers le sarcophage.
Le regard des hommes était fixé sur lui. Arrivé au pied de la bâtisse, Seth
regarda en arrière. Les hommes le regardaient toujours. Il s’accroupit, bandant les
muscles de ses jambes et s’élança vers le haut. Le sarcophage était haut d’une
centaine de mètre, trop haut pour tout sauter d’un seul coup, mais une passerelle
d’inspection était disposée à mi-parcours. Son but était une porte donnant sur
cette passerelle. Cette porte conduisait directement vers le cœur du réacteur.
Le cœur en tant que tel n’existait plus mais l’uranium qui s’y trouvait
existait toujours. Il avait fondu lors de l’accident et s’était refroidi après
avoir traversé le plancher du réacteur. C’était là le vrai danger de Tchernobyl.
Une masse semblable à de la lave qui, après 50 ans, ne s’était pas refroidie
car la réaction nucléaire en son sein continuait à un rythme proprement
infernal. La radioactivité qui s’en dégageait était suffisante pour tuer un
homme normal en quelques fractions de secondes, même avec les meilleures
protections offertes par la technologie. Mais la protection dont disposait Seth
n’était en rien comparable. Sa soma avait été créée par Gaïa en même temps que celles des Titans.
Et son cosmos égalait celui des Olympiens réincarnés. Les dangers de ce lieu ne
le concernaient pas. Et il était là pour faire en sorte que ce lieu ne soit
plus dangereux pour personne.
Après quelques minutes passées à
errer dans les couloirs dévastés de l’ancienne centrale, Seth déboucha sur la
fosse se trouvant au centre du bâtiment : l’ancien cœur du réacteur. Au
fond de ce puits se trouvait de qu’il était venu détruire : la masse
d’uranium en fusion qui servait de réserve d’énergie à ses ennemis. Une fois
cette réserve détruite, il pourrait, avec ses compagnons, s’atteler à sa vraie
mission : rétablir les chevaleries. Mais pour l’instant, cela n’était
encore qu’un objectif lointain. Il devait pour l’instant supprimer la menace de
l’uranium. Seth regarda vers le bas. Il
pouvait voir la masse de magma luire doucement d’une lumière malsaine. Il
tendit sa main, la paume en l’air et commença à concentrer son cosmos. Il
s’agissait de l’une de ses techniques secrètes, la raison pour laquelle il
avait été choisi pour cette mission. Après quelques secondes, une petite sphère
de cosmos concentré s’était formée dans sa paume. De son bras libre, il arracha
la balustrade et lança la sphère vers le fond du puits. A mi-chemin, la sphère
dégagea un flash de lumière aveuglante avant de se transformer en un point noir
qui se mit à absorber la lumière qu’il venait de produire. L’air se mit à
tourbillonner, aspiré par ce point de lumière noire. Quand il toucha la surface
du magma, il se mit à l’ingérer sans le moindre problème. En quelques secondes,
la totalité de la monstruosité au fond du puits fût avalée et le point de
lumière continua sa route quelques secondes avant de disparaître dans un autre jaillissement
de lumière. Seth sourit. Sa mission avait été un succès. Le premier pas vers la
défaite des Anciens était accompli. Mais les batailles ne faisaient que
commencer
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